La forêt ne se ressemble jamais

image_pdfimage_print

Déraciné par la tempête, il git parmi les siens cet arbre. Mais au sol il est magnifique; plus beau couché que debout. Il revit. Il se repose. Il reprend de la niaque sur un lit de feuilles. Et quand il se trouve  d’aplomb, le voilà qui part vers d’autres cieux là où on l’attend. Car il faut savoir une chose que la plupart des gens ignorent : les grumes itinérairent. C’est pourquoi la forêt ne se ressemblent jamais d’une fois à l’autre.

Le 22 février 2020.

C.B.

image_pdfimage_print

En traversant la plaine le vent souffle en furie

Ainsi que tout du long d’une fièvre nourrie.

Peut-on rêver plus beau tourment

Que ce tumulte des éléments ?

 

Le 16. 02. 2020.

C.B.

A l’horizon du temps

image_pdfimage_print

Assez souvent je planque, afin de ne rien faire,

Ce qui de la planète n’arrange pas les affaires.

Mais je tire du plaisir à me rendre inutile,

A ne pas être rentable en un but mercantile.

 

Ca me remplit de joie de me perdre ainsi,

A l’horizon du temps où je me tiens assis.

Je suis pas un vieux sage pour me la ramener

Et tirer avantage du nombre des années,

 

La jouer en ancien à qui on la fait pas,

Car je le sais trop bien de l’aurore au trépas

On n’apprend rien du tout que cet art d’être seul,

Encore plus dév’loppé dès qu’on ouvre sa gueule.

 

Alors, j’use mes forces, à l’horizon du temps,

En isolé péquin que personne n’attend.

Je vais en solitaire par les lieux désolés.

Où jamais ne se risquent que des ombres affolées.

 

Et là je cherche après mes frères disparus

A convoquer le charme par des vers de mon cru.

Oui le charme existe des sites les plus sordides

Comme si une âme naissait de ce qu’on croit le vide.

 

Une trace invisible saluant notre passage

Et qui répand de nous une espèce de message.

Tous ces riens d’abandon me forment une famille

Une sorte de peuple où les présences fourmillent.

 

Oui, je suis habitué par tout ce qui n’est pas

Où l’absence se traduit sur le fil de mes pas.

Plus j’avance, moins je suis de la réalité,

Comme si de deux fantômes mon être enfanté

 

Arpentait des espaces sans cesse repoussés.

Je suis bien plus perdu que le Petit Poucet.

D’où pourrais-je les voir les traces de mon vécu

Rien que le temps d’une fois en un simple aperçu ?

 

Montrez-là moi enfin celle qui est mon histoire

Que je me plonge au fond en l’eau de son miroir.

Elle me fuit de toute part comme si j’étais un autre,

Elle ne veut se montrer ni à moi ni aux autres.

 

Ma vie est une perte perpétuelle du temps

Un passé aboli de plusieurs fois cent ans.

Je voudrais la cacher qu’elle serait déjà morte

Sans m’ouvrir de mon antre toutes grandes les portes.

 

Vous, les secrets enfouis, parlez-moi de  mes jours,

Instruisez-moi un peu et cela sans détour,

De ce que j’ai manqué et qui m’est bien perdu

A l’horizon du temps où ma fin est rendue.

 

Je n’ai plus le ressort pour illustrer ma vie

Ni d’inventer encore au fil de mon envie,

Aussi, ai-je décidé à l’ombre de ma fin

De ne pas me tenir comme quelqu’un qui feint.

 

 

Le 8.2.2020.

C.B.

 

.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je la sais à moi seul

image_pdfimage_print

Ma muse n’est pas une vierge

Mais se soulève ma verge

A son seul souvenir

Quand je la vois venir.

 

De mon âme, elle dessine

Les contours en rondeurs

De sa peau douce et fine

Qui m’avive les ardeurs.

 

Je la sais à moi seul,

Mais au prix du linceul

Où se drapent mes rimes

Dès lors que je m’exprime.

 

Le 29 décembre 2019.

C.B.

 

 

image_pdfimage_print

Je me sens déjà culte, c’est pourquoi j’éjacule. Je me crois une star moulée en mes costards, mais je suis de la merde; je suis de la merde en tube; de la daube connue, et qu’est-ce que ça change ? Les oubliettes sont prêtes à toute renommée.

 

Le 16 décembre 2019.

C.B.

Le corps de Notre-Dame

image_pdfimage_print

Le corps de Notre-Dame est un amas de ruines et j’ai vu sur celles-ci rôder le Bossu en deuil. Il y va de sa survivance à tous les chaos, mais il reste debout devenu l’âme du sinistre. On l’a vu en les flammes hanter tout l’incendie. Quasimodo est de ce feu qui garnit les enfers. Sa grimace a en l’ombre le reflet d’un sourire.

 

Le 15 décembre 2019.

C.B.

Une grenioche

image_pdfimage_print

Aussi lâchée que des chiens en fuite, une femme munie d’une canne traverse la nuit par où je ne sais. Je la rencontre d’ là où je suis sans qu’elle le sache. Je me trouve au port de mes idées quand elle s’avance vers le large. Elle se découvre de par son inconnu de grenioche isolée le temps d’une vue. Là où elle va, je suis de la revue.

 

Le 9 décembre 2019.

C.B.

Les mots se font violence

image_pdfimage_print

Je cherche des rimes qui touchent ma muse
De celles qu’on tisse pour pas qu’elles s’usent.
Je traque les vers à son endroit
Et quoi que tordu, je compose droit.

De son ailleurs moi je vous cause
En transformant tout de ma prose
A l’alchimie de ses silences,
Là où les mots se font violence.

Le 4 décembre 2019. C.B.

L’ailleurs me vient d’entre ses yeux

image_pdfimage_print

Sans permission, mais avec la clef, je suis entré en les rêves d’une chatte, afin d’y voyager au long de l’ailleurs. Hé bien l’ailleurs n’est pas si loin. Ma chatte du dehors est une chatte de l’ailleurs. L’ailleurs me vient d’entre ses yeux quand elle s’amène à son retour. Elle voit de ce qui passe par là où rien n’est de ce monde. Elle se trouve avec moi avec ses songes rapportés.

Le 15 novembre 2019.C.B.