De Tombelaine…..

Je suis de Tombelaine, la ruine rien qu’éboulis. Je suis moi son fantôme, parmi les ronces. Je suis  « Le roi de rien  » d’un désert d’îlot. J’hante les souterrains qui mènent de ce lieu à Blanche Roche, sous le sol  de la Manche. Je suis le rescapé des ambiances fumeuses par où le ventre de la Terre émet des vents secrets. Comme à Jersey ou Guernesey, l’exil s’exprime entre les flots. La nuit, les sons de cloches se répondent comme des phares sonores qui zèbrent d’effrayance le silence des côtes.

Blanche Roche à marée haute, Fermanville (50)

Le 1er avril 2017.

C.B.

Cathelineau

Deux siècles avant moi, et jour pour jour, naissait le Saint de l’Anjou. Ce paysan, ce prolétaire d’alors, ce Camille Desmoulins de l’autre bord… Son ombre encapée et de sabre munie erre sur les ruines de mon pays, comme si l’oubli ne pouvait la travailler. De Notre Dame de la Charité en la Doutre au cimetière de Saint-Pierre-en-Vaux, en passant par Baugé et Saint-Florent, elle va elle vient le long du temps, avec pour chaque pierre rencontrée un soupçon d’âme déposé.

Le 28 mars 2017.

C.B.

Où que j’aille

J’écris afin de chasser le temps des ruines de ma vie, cette poussière habitée qui se loge au  plus reculé des âmes. J’écris pour poser un nouveau regard sur le monde où ma pensée ne soit pas trahie par la parole des autres. J’écris pour témoigner de ma fuite parmi les ombres de ce temps. J’écris pour être un seul, un vrai, et pas l’obligé de relations où il se perd. J’écris des ruines de mon absence qui forment un tout de désolance. Je suis en deuil où que j’aille comme si l’écrit m’y devançait de son ennui et sa tristesse.

                                                                                                                                                                                                             Le 26 mars 2017.

                                                                                                                                                                                                                         C.B.

À Erwan

J’ai en moi un terrain favorable à la paresse, où je me penche sur mes ruines, et je me cherche encore une âme qui soit l’alliée de mes heures de repos. Je la trouve en ma chatte, cette âme.

Ma marcouze, qui sait très bien m’accompagner jusqu’à où se love l’inspiration de la sieste sous l’influence d’une lune à naître. Elle m’y conduit, tant elle tient en elle la preuve du premier chat qui y rêva, bien avant l’homme qui y marcha.

Le 10 mars 2017.

C.B.

L’école du détachement

À toi.

Moi, au cours de toute ma vie je n’ai connu qu’un enseignement qui procure l’équilibre et une sorte de foi en rien. Pas une croyance, mais une puissance de renoncement, sans chasser le vif de l’instant.  Cela s’appelle  » l’école du détachement « . Je suis allé en bon élève très appliqué suivre ses leçons qui m’ont mené au bord des ruines combattre l’ennui et me forger une embellie mille fois répétée en la contemplation. Je contemple à l’envie les ruines qui se présentent à ma vision. Je sais leur charme à tous ces restes. Je sais l’ailleurs où ils ne sont pas. Je me prolonge en des absences au monde.

Le 28 janvier 2017.

C.B.

À ma mère

Je recherche une jeune fille toute seule, perdue en l’ombre de l’histoire. D’elle, je ne sais que de l’absence. L’homme seul est un vestige dont elle se pare afin de m’aborder par des signes égarés comme le bruit d’animaux surpris la nuit, ou des stations prolongées sur des ruines en forêt. Le soir, je vais sans elle me porter à des songes… Je m’oublie à y converser le temps de mon somme, comme si son âme me venait visiter au repos. Je ne cherche pas d’autre contact avec elle que ce manque qui est la ruine de mon sentiment.

Les 11 et 22 décembre 2016.

C.B.