L’école du détachement

A toi.

Moi, au cours de toute ma vie je n’ai connu qu’un enseignement qui procure l’équilibre et une sorte de foi en rien. Pas une croyance, mais une puissance de renoncement, sans chasser le vif de l’instant.  Cela s’appelle  » l’école du détachement « . Je suis allé en bon élève très appliqué suivre ses leçons qui m’ont mené au bord des ruines combattre l’ennui et me forger une embellie mille fois répétée en la contemplation. Je contemple à l’envie les ruines qui se présentent à ma vision. Je sais leur charme à tous ces restes. Je sais l’ailleurs où ils ne sont pas. Je me prolonge en des absences au monde.

Le 28 janvier 2017.

C.B.

À ma mère

Je recherche une jeune fille toute seule, perdue en l’ombre de l’histoire. D’elle, je ne sais que de l’absence. L’homme seul est un vestige dont elle se pare afin de m’aborder par des signes égarés comme le bruit d’animaux surpris la nuit, ou des stations prolongées sur des ruines en forêt. Le soir, je vais sans elle me porter à des songes… Je m’oublie à y converser le temps de mon somme, comme si son âme me venait visiter au repos. Je ne cherche pas d’autre contact avec elle que ce manque qui est la ruine de mon sentiment.

Les 11 et 22 décembre 2016.

C.B.

Représentation

Orienté vers de lointaines contrées je vais me promener sans but à travers des espaces vides. Il n’y a rien là que le pas de l’ailleurs à s’aventurer en dehors de présences. Rien que de l’absence qui se nourrit de nous. Je conçois que ces lieux conviennent à mon errance. Ils s’ouvrent très au delà de ce qu’ils représentent en des fuites que ne limite aucun bord du fini. Je me meus avec l’art recherché des fantômes associés au réel. Ces monts désolés s’abandonnent à des ombres sans âme sur la crête de ruines qui ne sont là que pour mes yeux.

 

Le 11 décembre 2016.

C.B.

Votre regard est d’âme

 

Chats insondables, votre regard est d’âme
Et nous fascine comme d’un feu les flammes.
Entrons en douce à pattes de satin
Partager le frisson de vos câlins.
Si vous ne saisissez pas qui nous sommes
Depuis toute la profondeur de vos sommes,
Au simple contact vous vous autorisez
Car de nos ondes, vous vous électrisez.
Vous nous maniez selon vos bons plaisirs
Et vos caprices qu’il est bon de saisir.
Par surcroît vous hantez les ruines du spleen
Dont vous exploitez la richesse des mines.
Au hasard de vos nocturnes aventures
Où vous vous tissez une créature;
Celle qui s’échappe du fond de vos prunelles,
Vous puisez au savoir originel.
Vous chats, vous êtes les âmes itinérantes,
Les fantômes d’êtres de ces formes errantes
Que l’on rencontre sans jamais les connaître
Parce que chez vous la parole ne peut naître.

Le 11 décembre 2016.

CB.

 

 

C’est une ruine à se raconter

Le Grand Bé
christophemedaillon

C’est une tombe sans nom aucun
Ou peut-être celui de chacun
Où les âmes viennent se mêler
À l’abandon de l’isolé.
Que l’on ignore toute son histoire
Ou qu’il s’incarne en nos Mémoires,
C’est une ruine à se raconter
Même aux ignorants patentés.
En cet extrait de cimetière
Où se loge une vie entière
Un esprit flotte sur les esprits,
Et les plus obscurs y compris.

Le 12 novembre 2016.

C.B.

Le père Lachaise

Le triste sire qui sévit au sein des vérandas

Le triste sire qui sévit au sein des vérandas

Regardez bien parmi les bris ces actes de la barbarie la plus active du triste sire qui sévit au sein des vérandas. Il démembre de pauvres fauteuils rien que du poids de sa carcasse. D’un simple objet l’âme il  casse, sans se soucier de sa souffrance. Faiseur de ruines, il se mesure à ses dégâts sur les sièges de tous acabits. C’est un artiste que ce briseur de masse inerte.  Quand à Angers, ce sont des balcons qui s’effondrent, lui il préfère le mobilier. On tombe de moins haut. Et à propos de sépulture, pour lui ça sent le sapin, même si le fauteuil est en plastoc. Le père Lachaise guette en coulisse après les exploits de cet imposteur au trône de l’Élu.

Le  5 novembre 2016.

C.B.

Soler

christophemedaillon

Bien des années après, sur la tombe de Soler
Nous sommes allés ensemble saluer au bord de l’air
Son esprit disparu à Monte Cassino
Mais qui réside ici loin des rives de l’Arno
Pour celle qui veut y croire en hommage à sa mère
Qui aima ce Soler presqu’au bord de la mer.
Ces amours furent en ruines entre les amoureux,
Mais il se peut aussi qu’elle se retrouve entre eux.

Le 15 octobre 2016.

C.B.

Le maudit du verbe

christophemedaillonPar tous les bouts on le déteste
Ce fantôme venu de la peste
Comme si la rage crachait ses flammes
À gros débit coulant de l’âme.
Louis-Ferdinand est un maudit
Par lequel la prose reverdit
Et qui voyage vers nous encore
Entre les ruines de son décor
Jusqu’à briser à coups de gueule
Le silence où l’on n’est plus seul,
Et ramener dans le délire toute la situasse
Qu’il remue du fond de la crasse.
Il en touille beaucoup de la jaille
Où l’on s’enfonce jusqu’à la taille.
Il s’y repaît à grandes brassées
Au monde qu’il sait embrasser.

Octobre 2016.

C.B.