Comment j’ai rencontré ma muse

  Tout comme moi elle aime les ruines, de celles où l’esprit s’imagine une suite. Mais à l’origine, j’ignore que la muse me charme d’un amour futur pour les pierres anciennes. Je ne sais pas encore qu’elle cherche après un joueur de rimes capable de lui enchanter des duos. Elle ignore elle-même par où s’amener ma muse. Et ce long itinéraire va durer des années et des années entre elle et moi. Ma muse ne m’attend pas, ma muse ne m’espère pas. Elle me rejoint là où je travaille à ne pas me perdre. J’exploite son histoire et tout ce qu’elle peut  tirer de la mienne. Car en mes pauvres aventures, c’est elle que j’approche pour en extraire du potable. Elle creuse à plein l’insondable du caberlot. Elle l’envahit de son histoire comme d’une nouvelle vie à moi qui se fait prose, et elle s’y loge entre les mots ainsi que l’ombre de mes phrases. 

Ma muse ne m’attend pas, ma muse ne m’espère pas

Juillet 2017 C.B.

 

Un homme à muses

Il existe des hommes à femmes. Mais moi je suis un homme à muses. Je les connais mieux que les autres. Enfin, je pense… Je les rencontre sans me forcer à leur rencard. Les muses, ces demoiselles, me viennent visiter au charme de leur concurrence. Et elles mélangent les influences pour tout brouiller. Mais je sais qui leur monte le bobéchon en manière de sape. C’est elle. La mienne de muse. Elle mène la danse à ses compagnes. Elle les drive en soulèvement de leur syndicat. Elle leur souffle de me booster. Elle a de cette complicité rieuse avec elles où elle mine le fond de nos accords de ne rien révéler de la noirceur de nos phantasmes. Je crains qu’elle ne déborde en farce grasse au sein du groupe de ses consœurs. Ma muse à moi est solitaire. Elle est pas de celles  qui s’affolent. Elle sait qu’au sein des autres de muses je préfère sa société en renouveleuse de ses charmes. Elle est l’ensemble à elle toute seule. Sans oublier de capter ce qui fait celui de ses frangines. Mais voilà, elle se pare de toutes, la jeune incomplète qui se réserve à pas d’âge. Elle me poursuit de sa jeunesse,et moi comme si j’en demandais mon dû, je la recrée en conséquence. Je dégage des ruines son passé, par là où je puis me dépasser. 

Elle mène la danse

Le 1er juillet 2017. C.B.

Le caberlot de ma muse

Ma muse est dépassée par le tournis où mon caberlot s’active. Mais il me faut le dire, ça vient de ses propres propos :

– Qu’est-ce que ça te fait d’être muse  ?  Tu pensais jeune que tu le serais ?

– J’en ai rien à foutre !

Il me faudrait l’envoyer sur l’île de Robinson s’éduquer à une vraie complicité.

Là, sur une terre en forme de ruine abandonnée, elle serait mienne, avec un plein de pensée à mon usage. Parce que je le reconnais, je veux le fruit de son caberlot pour moi. Elle m’a traité de voleur d’âme, de purgeur de songes, très récemment encore. Et que lui dire qui ne soit vrai de son analyse de nos rapports : elle porte en elle toute ma détresse.

Le caberlot de ma muse

Un homme sans âme

Je ne suis pas tout à fait net.
Est-ce un propos de femme honnête ?
C’est pourtant ce que ma muse lance
À mon endroit avec violence.
Elle me reproche mes absences
Au quotidien, le manque de sens
Que je mets à la seconder,
D’être pour elle un homme sans idée.
Voilà le propre de ma muse,
Voilà pourquoi elle se refuse :
Je suis un homme sans contenu,
Un homme sans âme par le menu.
Je suis un homme en ruine pour elle,
Rien qu’un objet à des querelles,
Mais pas un vrai qui la soutient;
L’un de ceux-là auxquels on tient.

Le 23 juin 2017. C.B.

 

Je suis un silence sorti des ruines

      !Je suis un silence sorti de ruines. Une ombre de présence. Je suis partout où ça se passe. Je suis une âme à la parole. Je suis celui que vous savez ne jamais lâcher le crin de sa monture la nuit, pour venir visiter toutes  les sentes oubliées du rêve. Je suis celui qui se dépense en vue de ne pas perdre le lien avec l’autre. Je suis celui qui vous voyage. Je suis celui qui vous rencontre lorsque vous vous croyez seul, et qui ne prend que l’espace d’une ombre. Je suis votre vous, votre autre. Je suis de ceux qui reparaissent pour vous annoncer parmi le monde, une fois que vous êtes mort. Je suis celui qui dépasse la fin, et pour qui les ruines ne sont que le commencement du passé.

Le 21 juin 2017. C.B.

Je me suis rencontré en l’histoire des miens,
Ceux qui ne parlent pas, et pourtant d’où je viens,
Ceux dont l’histoire me reste à travers des photos,
En  l’absence de tout mot, et pourtant mes poteaux.

Mes camarades de classe à travers les années
Dont la cause je n’ai pas abandonné,
Me ramènent aux autres et me forment un groupe,
Un peuple qui est à moi avec le vent en poupe !

Le 16 juin 2017. C.B.

Cette Dernière

le charme d’une union

Entre toutes mes influences, je possède une statuette qui représente ma muse sous une forme réduite de la vraie. Cette dernière ignore le prodige qui fait que je dispose à volonté de son inspiration. Aussi, je puis dire « nous » en matière de communion.

 Nous, car je ne la quitte  pas d’un iota, quoi qu’en courroux elle me traite de planqué :

Oui, parfait’ment ! Tu es un planqué. Un gros planqué qui se dérobe à ses obligations. Jamais tu m’aides, de crainte de t’user. Je sais pas à quoi tu sers ?! Faut t’embaucher là où on chôme pas, mon pauvre ami !

À tirer d’elle tout mon besoin d’expression, et ce je ne sais quoi qui construit sur les rimes le charme d’une union, je vais pas me fâcher contre elle. En lâche bien senti, œcuménique à souhait autant qu’un Macronien, je recycle même ses attaques. Je ne suis digne que du rebut, que du mépris, que du recul jusqu’à ses ruines. 

Les 10 et 15 juin 2015. C.B.

mais je m’aime bien

Je me courrais pas après dans la rue, mais je m’aime bien. Je m’apprécie pour tout vous dire. Et vous ? Avez-vous une quelconque attirance de vous qui vous fait désirer l’amour de soi ? Je puis vous organiser une petite rencontre à deux sur les ruines de vos illusions. Vous serez pas déçu. Ca s’impose de se regarder ailleurs qu’au fond d’une glace et de s’y voir à nous plaire.

Le 5 juin 2017. C.B.

À bout de vue

J’aperçois la mer calme, sans moustache

Il y a de ces fois où le monde se résume en une terrasse, même pas en ruine, avec des rangées de balustres d’entre lesquelles j’aperçois la mer calme bordée au loin de côtes qui se terminent à bout de vue. De là, je songe, accoudé, un verre de rouge en pogne et une pipe au bec parmi les autres de la soirée. Regardez-nous bien nous tous, du large, si vous le pouvez, car je suis le seul qu’on ne voit pas au sein du nombre.

Le 30 mai 2017. C.B

On dirait que les autres ne t’inspirent pas

Moi seul, avec moustache

On ne répond pas à sa muse sur un ton agacé : « – Quoi ?!….  »

Sinon, elle vous renvoie  en vos cordes…. Elle vous coupe les vivres. L’inspiration tombe mahousse au creux du vide.

« – On dirait que les autres ne t’inspirent plus…. ?  » fait-elle sur un petit ton pervers de faiseuse d’horizon. Que lui répondre ? Comment parer ? Je suis en crainte. J’ai été traité de gros sac à vin, et d’outre pleine de rouge par elle, et j’en conçois la plaie béante d’un homme seul. Elle m’abandonne. Mais pas tant que ça à vrai dire. Elle feint… Ce qu’elle veut afin de revenir, c’est le quitus à mon âme. Alors, elle me visite par un beau cauchemar où je me sens inutile, sans avenir, sans connaissance.

Elle s’en vient me consoler pour reconstruire sur la base de mes ruines.

Moralité : saucisson et pinard

Le 29 mai 2017.
C.B.