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Un vol de flamme

De me trouver entre les morts, j’ai le loisir en ces visites que je pratique là où l’absence se laisse lire. Un petit coin de rien du tout où ne vont guère que les errants à la recherche des abandons. Je suis de ceux qui glanent là où les autres passent, comme des restes de leur présence, que je fais mienne. Je tisse l’histoire qui se refuse d’ordinaire aux approches non habitées. Je m’oublie là au sein des sombres.

Le 03. 10. 2019. C.B.

Habitants des nuits

Oubliés des songes aux autres, ils se manifestent à mon âme. Ils voyagent là où je ne puis aller qu’en ombre, c’est à dire loin des foules. Ils ne comptent plus leurs morts. Ils en sont revenus chaque fois comme en une nouvelle vie. J’ai pas besoin du sombre pour me montrer la nuit à eux. Je les sais à mon attente, sur des reliefs inaccessibles envahis par les os de la terre que sont les pierres sortant du sol. Ici, même un suicide passerait inaperçu, sauf des habitants de la nuit, habitués du néant où se terre les absences. Les habitants de la nuit gardent en eux le souvenir des traces humaines comme en réserve de l’oubli.

Le 30 avril 2018. C.B.

Où l’éclairage cherche son nid I

I Par les coins sombres des sous-bois trempés où les branches perlent comme de suée, je te suivrai mon abandon au désespoir. Je te suivrai au bord des boires dont l’onde plonge son ombre au sein des gouffres. Ces lieux perdus et désolés je les voudrais me consoler au plus profond de leur chagrin. Mais pour ces nids de volupté où la tristesse n’est qu’une eau fraîche, je dois garder tout le secret de ma présence. Il ne faut pas qu’un autre de mes semblables devine un seul instant que j’ai été en ces parages. Il s’impose donc que tout oubli devienne l’écrin de mon voyage.

Le 4 mars 2018. C.B.

Je suis une ombre perdue au nombre

Déjà je suis d’oubli de vous,
Et cela me plaît je l’avoue
De rester l’inconnu de tous;
Ce péloquin qui passe en douce.

Je me promène parmi vous autres
Qui épouse d’un bord sur l’autre
Avec l’aisance d’un roi de rien
Toutes vos ondes en vrai marin

Parmi vous, je suis à la mer
Et je vais où mon pas se perd
Chercher les ruines qui se dérobent
À la surface de ce globe.

Dedans vos rangs, je suis l’absent
Au point de fuite intéressant;
Je n’ai pas le contact humain
A me frayer en vous, chemin.

Je suis le seul de ma nature
Au secret de ses aventures,
Une ombre exclue sans nul échange
Et qui jamais ne se mélange.

Je suis aussi mort que vivant,
Un moins que l’autre le plus souvent,
Mais c’est mon sort que de manquer
Après une fois tout abdiqué.

Je suis une ombre perdue au nombre,
Je suis un flou, je suis un sombre,
Pas un reflet de connaissance
Ni même un lien avec un sens.

Et cependant, je suis bien là
Aussi ailleurs que me voilà,
Sorti de la face cachée
De la lune quand elle est couchée.

Je n’ vous lâche pas par où que j’aille
Là où le monde est à la taille
De mon errance entre vos traces,
D’un bout à l’autre de votre race.

Je suis en trop, un étranger,
Ne sachant pas se mélanger;
Un qui se fond en  relations
Au domaine des apparitions.

Le 6 décembre 2017. C.B.

Le statut de première muse

L’on s’interroge sur cet aspect de notre couple. Mais première muse, c’est comme une miss monde; celle de mon monde. quoi qu’elle ne soit pas souvent là quand j’ai besoin d’elle, et de sa mélodie chantée à mon écoutille. Elle se dérobe de la situasse. Elle n’ajoute pas toujours sa note si je suis hors de sa portée. En résumé, il arrive que ma muse s’exprime en solo, qu’elle garde pour elle en proprio, et que la chique elle me la coupe. Aussi, faut-il un statut; celui de première muse à mon endroit. Ce, afin de préserver mes droits.

Ça, c’est une autre musique qu’elle me délivre aux feuilles. Car elle brouille les ondes. Elle fausse la manivelle à ma boutique en se dérobant. Les jours de ma création sont en danger si elle se refuse à moi. Il me faut lui charmer son âme; qu’ elle me la tourne en exclusive. Je l’avertis : « -Je dois te retrouver…

-Sans blague !

-Oh ! Pas tant qu’ ça… Je souhaite que tu me lègues pour partie l’accès au caberlot de tes âmes. Je sais que tu en as plusieurs.

-Tu sais mieux que moi sans doute… ?

-Tu peux m’ouvrir des portes auxquelles j’ai pas accès. Les portes sombres de l’oubli de ceux qui me hantent. Je sais  que tu peux m’y accorder au cœur des ruines un coin de reconstruction. « 

Le 3 septembre 2017. C.B.

Monsieur de Fermanville

christophemedaillon

 

Est-ce que vous connaissez Monsieur de Fermanville ?
Son aura et sa geste nous le montrent en Devil,
Depuis des lustres, ne l’oubliez pas il opère
De Malakoff en Manche, en de famille bon père.
Mais il est vénéneux sous des airs de bonhomme ;
Je le tiens de source sûre de par Madame bonhomme,
Qui se méfie de lui et de son importance,
Dissimulé qu’il est sous faconde et jactance.
Il travaille dans l’ombre pour une œuvre damnée
Qui se renforce sans fin au nombre des années,
Acoquiné qu’il est au sombre Pierre Ménard ;
La ruine de ce monde qui avec lui se narre.

Pierre Ménard

Le sombre Pierre Ménard

Le 9 juin 2016.

C.B.

Le sombre sied à mon tourment

En un miroir d’eaux mortes des ruines se mirent à la cafarde. Rien ne me charme comme cette image où y roulent les âmes désolées du songe. Là se perdirent bien des pensées sans jamais atteindre le fond, et j’aurais pourtant le geste d’en brouiller les ondes qu’elles n’en remonteraient pas. Ce que l’oubli endort ne reprend forme qu’en des heures où la quête est de se ressourcer au temps. Et moi je cherche après les autres du passé en des lieux où l’absence accorde son aura sans rien attendre en retour. Sans doute que des couleurs c’est le sombre qui sied le mieux à mon tourment.

                                                                                                                                                              Le 15 novembre 2013.

                                                                                                                                                                                  C.B.

Manderley

Rebecca_1Un nuage invisible jusqu’alors passa devant la lune et s’y arrêta un instant comme une main sombre devant un visage. L’illusion s’évanouit, et les lumières des fenêtres s’éteignirent. Je n’avais plus devant moi que des murs silencieux et sans âme.

La maison était un sépulcre, notre peur et notre souffrance étaient enterrées dans ses ruines. Il n’y aurait pas de résurrection.

                                                                                                                                               Daphné Du Maurier

                                                                                                                                                           Rebecca

                                                                                                                                                   Le 5 novembre 2013