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Eux, c’est l’inverse de Juliette et Roméo. Ils se haïssent comme il le faut. Sans rancune recuite entre familles, seul à seul, Pépa et Pedro se tirent la bourre. Mais quelque chose de gratiné pour des marcous. Sur le tombeau de ces sortes d’amours, ils en useront encore de fiel, de rancoeur, de vomissures crachantes. Ils se reconnaissent en ennemi l’un de l’autre, comme si Pepa sacralisait là le coeur de son veuvage. Pedro ne sera jamais son Tchiki claboté. Elle vit d’un mort de toute sa rage. Et c’est ainsi qu’elle reste fidèle,là où l’autre n’a pas sa place.

Le 3 mars 2018. C.B.

Je serai seul quand je mourrai
Comme on l’est de toute sa vie,
Je serai seul sans nul auprès
Que cette absence qui nous ravit.

J’y suis déjà depuis longtemps
Et je sais que rien ne m’attend
Qu’un jour ou nuit trouver mes ruines
Ailleurs, ou sur terre angevine.

Le 30 octobre 2017, C.B.

À bout de vue

J’aperçois la mer calme, sans moustache

Il y a de ces fois où le monde se résume en une terrasse, même pas en ruine, avec des rangées de balustres d’entre lesquelles j’aperçois la mer calme bordée au loin de côtes qui se terminent à bout de vue. De là, je songe, accoudé, un verre de rouge en pogne et une pipe au bec parmi les autres de la soirée. Regardez-nous bien nous tous, du large, si vous le pouvez, car je suis le seul qu’on ne voit pas au sein du nombre.

Le 30 mai 2017. C.B

On dirait que les autres ne t’inspirent pas

Moi seul, avec moustache

On ne répond pas à sa muse sur un ton agacé : « – Quoi ?!….  »

Sinon, elle vous renvoie  en vos cordes…. Elle vous coupe les vivres. L’inspiration tombe mahousse au creux du vide.

« – On dirait que les autres ne t’inspirent plus…. ?  » fait-elle sur un petit ton pervers de faiseuse d’horizon. Que lui répondre ? Comment parer ? Je suis en crainte. J’ai été traité de gros sac à vin, et d’outre pleine de rouge par elle, et j’en conçois la plaie béante d’un homme seul. Elle m’abandonne. Mais pas tant que ça à vrai dire. Elle feint… Ce qu’elle veut afin de revenir, c’est le quitus à mon âme. Alors, elle me visite par un beau cauchemar où je me sens inutile, sans avenir, sans connaissance.

Elle s’en vient me consoler pour reconstruire sur la base de mes ruines.

Moralité : saucisson et pinard

Le 29 mai 2017.
C.B.

Je ne t’ai jamais aimée mais je sais où tu te trouves, n’importe où au large de mon horizon. Je te sais au cœur de tes ruines où tu te tiens forte à l’ennui. Qu’est-ce que ça change que tu n’y m’aimes pas ? Je te sais mienne de par l’oubli qui nourrit ton âme. Je vais marcher la nuit seul en forêt à la santé de nos amours. Je hante ainsi notre néant.

Le 27 avril 2017.

C.B.

À ma mère

Je recherche une jeune fille toute seule, perdue en l’ombre de l’histoire. D’elle, je ne sais que de l’absence. L’homme seul est un vestige dont elle se pare afin de m’aborder par des signes égarés comme le bruit d’animaux surpris la nuit, ou des stations prolongées sur des ruines en forêt. Le soir, je vais sans elle me porter à des songes… Je m’oublie à y converser le temps de mon somme, comme si son âme me venait visiter au repos. Je ne cherche pas d’autre contact avec elle que ce manque qui est la ruine de mon sentiment.

Les 11 et 22 décembre 2016.

C.B.

Le maudit du verbe

christophemedaillonPar tous les bouts on le déteste
Ce fantôme venu de la peste
Comme si la rage crachait ses flammes
À gros débit coulant de l’âme.
Louis-Ferdinand est un maudit
Par lequel la prose reverdit
Et qui voyage vers nous encore
Entre les ruines de son décor
Jusqu’à briser à coups de gueule
Le silence où l’on n’est plus seul,
Et ramener dans le délire toute la situasse
Qu’il remue du fond de la crasse.
Il en touille beaucoup de la jaille
Où l’on s’enfonce jusqu’à la taille.
Il s’y repaît à grandes brassées
Au monde qu’il sait embrasser.

Octobre 2016.

C.B.

En les songes sans défense de la profonde nuit

christophemedaillon

Le désespoir est un deuil qui ne s’annonce pas
Et dont le vrai principe réside en l’abandon
Peu à peu de la vie au profit du trépas
À croire que plus que tout le reste il est un don
Lesté à nous depuis le temps de notre aurore
Ainsi que des ruines situées sous notre histoire,
Des catacombes insondables peuplées de morts
Où l’ombre est reine d’un bout à l’autre des couloirs.
Je les arpente tout seul, souvent perdu de peur
En les songes sans défense de la profonde nuit
Où le repos des morts se définit trompeur,
Car même au désespoir le néant est ennui.

Le 22 juillet 2016.

C.B.