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Au devant de rien

Au devant de rien. Ma vie repose sur le fait d’aller au devant de rien en une époque où l’on veut notre bien à tous. Moi, ce que je me souhaite c’est pas du bien, mais c’est du rien ! Je veux ma part de rien, de ce rien qui me revient. Je sais en mesurer ma quantité de ce rien dont j’ai besoin. Car j’ai besoin de rien, mais ça m’ suffit.

Celui qui laisse filer son rien perd beaucoup de sa niaque. Mon droit à vivre provient du partage de ce rien où chacun pioche. Est-ce j’ai bien à moi ma véritable part de rien, et pas celle d’un entre. Je voudrais comparer nos riens en connaissance de cause. se valent-ils ?

Je trace ma route à partir de rien parce que j’en sais par où me conduire. Cependant, les routes de rien mènent à loin. Comme les chats ont le sommeil pour s’évader, moi j’ai le rien en mes bagages, gage d’oubli. Et il suffit qu’il se dérobe pour que je cherche après son manque.

                                                                                                                                                                                                                         Le 4 août 2018. C.B.

La fin de moi

Elle me revient par tous les bouts, la fin de moi. Je me mets alors sur mon trente et un de tristesse d’une réserve d’où je puise bien avant le début de ma vie. Elle me revient comme si l’oubli se transformait en connaissance. Tous ceux qu’un manque a balayé de la souvenance s’arriment à mon caberlot quand il est ouvert. La fin de moi est une présence à ceux qui vont dispersés au large de la fuite. Je vais souvent jusqu’à la fin de moi au bord de mes limites visiter les extrêmes qui sont de me tenir un rang parmi les vivants. Mais à la fin de moi je plonge en un doute.

Le 18 avril 2018. C.B.

Le jour J

Le jour J où il est mort, j’ai pas pleuré sur sa perte. J’en ai eu d’autres qui me reviennent et amplifiées de par l’absence. Le jour J des obsèques de Jhonny, moi je pensais à Georges Brassens, à Pierre Desproges, à Phonse Treglede, et à d’illustres inconnus au bataillon. Je peux pas m’y faire de pleurer en réunion et sur commande. Je trouve que les miens me manquent un peu partout de ma souffrance, et ça personne me cautérise les plaies. J’en ai des plaies par toute l’histoire, et quand elles se rouvrent, je veux pas que vous soyez là. Ce sont mes ruines.

Le 15 décembre 2017. C.B.

À ma mère

Je recherche une jeune fille toute seule, perdue en l’ombre de l’histoire. D’elle, je ne sais que de l’absence. L’homme seul est un vestige dont elle se pare afin de m’aborder par des signes égarés comme le bruit d’animaux surpris la nuit, ou des stations prolongées sur des ruines en forêt. Le soir, je vais sans elle me porter à des songes… Je m’oublie à y converser le temps de mon somme, comme si son âme me venait visiter au repos. Je ne cherche pas d’autre contact avec elle que ce manque qui est la ruine de mon sentiment.

Les 11 et 22 décembre 2016.

C.B.

À Caroline

christophemedaillon Caroline  nourrissait en son sein un joli cœur  de ruines, jamais reconstituées, et saignantes encore quand je les ai trouvées, penché sur cet ailleurs qui nous relie aux morts. Elle y enveloppait la mémoire envolée d’une princesse aux aurores. Ses ruines à elle battaient d’une âme en deuil. Sa souvenance fournissait à la rupture entre deux êtres. Le songe d’une perte l’a poursuivi toute une vie comme ces fantômes qui se présentent au creux du manque. Mais le pire en cette absence de sa chair volée par la camarde, c’est que jamais elles ne se retrouveront. Même ça, reste à l’état de deuil.

Le 2 avril 2016.

C.B.