A la taille

Depuis un bail, je vis au sein d’un monde éteint
Que je me cogne chaque jour, soir et matin.
Ce monde des autres m’est un territoire inconnu,
Auquel je me rapporte comme le premier venu.
S’il ne me plaît, il comporte pourtant un atout;
C’est que je puis m’y promener un peu partout,
Et aussi en révéler les secrets cachés,
Comme si je les perçais, installé au chaud chez
Moi, afin de les examiner en détail,
Ces éléments qui me mettent les autres à la taille.
Je suis leur gabarit; je suis de leur fiction.
Je deviens l’aventure où ils sont engagés,
M’accomplissant ainsi d’être de leur objet.

Le 24 novembre 2025.
C.B.

En la nuit, une armée

Où se trouvent les morts; ça je vous le demande,
Où se trouvent les morts; à jamais disparus,
De notre vie terrestre et du coin de nos rues.
Où se trouvent les morts, sans que je vous commande.

Avez-vous une idée d’où se loge leur absence ?
Que je perce le secret qui me les fait aimer,
Comme si en la nuit ils formaient une armée
Que je vois s’animer de toute sa puissance.

Le 28 décembre 2025.
C.B.

Noël

En ce soir de Noël où les âmes sont distraites,
Des songes emballés s’extraient de leur retraite,
Et vagabondent au gré d’un voyage indécis,
Pour s’amener à moi , chargés d’une éclaircie.

Le 24 décembre 2025.
C.B.

Solo

En un solo d’oiseau charmant, rien que pour moi,
Un petit ailé vient se poser à deux pas.
Cet oiseau, je le sais branché depuis des mois,
Comme l’âme revenante de ma chatte Pépa.

Début octobre 2025.

Sous les arbres

Je ne pense pas plus loin que vous, seulement je me rallonge jusqu’à atteindre mes néants. Ils sont de ruines et d’ombres sous les arbres, à l’aplomb de pentes boisées où je te cherche, mon oubliée du monde réel.

Le 22 septembre 2025.
C.B.

Rien ne sort de mon âme

Rien ne sort de mon âme devenant le refuge d’un monde jonché d’errances. Je n’ai plus qu’à chercher du côté de l’absence où va ma préférence. Car de l’absence, je suis l’amant des profondeurs de sa mer où je nage à l’abri de ses flots. Et je me peuple alors de tout ce que j’y puis trouver. Je ne me prive pas de rassembler les charmes qui forment les squelettes des monstres invertébrés de la pensée perdue. Je suis de la substance où mon âme s’abîme.

Le 5 septembre 2025.
C.B.

Rien ne me peut

Seul, je me promène en plein Paris, et personne ne peut rien pour moi…. De ce qui fut de mes parents, de mon amour, rien ne me peut ramener au calme d’être. Rien ne parvient à me faire voyager, et de l’ailleurs je ne suis plus. Ça me prendrait partout ce mal, là où l’oubli étend sa chape, y compris là où je ne suis jamais allé, et qui pourtant s’habite de mon absence.

Le 23 août 2025.
C.B.