Lui

En regardant de loin un chat, je mesure l’infini de nos mondes parallèles. Nous pourrions tous les deux nous braquer la vue en échange, nous ne dépasserions pas le temps qui nous sépare à nous jauger. Nous rechargeons nos âmes en nous fouillant l’ailleurs, le regard qui s’oublie à ne voir que par lui. Faut-il trouver en lui un retour de cet être que je ne cesse d’être par les nuits étoilées où il occupe ma place.

Commune

Je voudrais vous parler, sans témoins que vous autres, l’armée des dessoudés; ceux perdus de la vie; je voudrais vous parler mes camarades enfuis des rues de Téhéran, et du reste du pays. Je voudrais vous parler des morts, des hécatombes dont aucun libérateur ne vous sortira, malgré une pluie de bombes. Je voudrais vous parler de la fosse Commune des représailles d’État, et verser une larme pour enfin me mouiller.

Le 30 janvier 2026.
C.B.

A la taille

Depuis un bail, je vis au sein d’un monde éteint
Que je me cogne chaque jour, soir et matin.
Ce monde des autres m’est un territoire inconnu,
Auquel je me rapporte comme le premier venu.
S’il ne me plaît, il comporte pourtant un atout;
C’est que je puis m’y promener un peu partout,
Et aussi en révéler les secrets cachés,
Comme si je les perçais, installé au chaud chez
Moi, afin de les examiner en détail,
Ces éléments qui me mettent les autres à la taille.
Je suis leur gabarit; je suis de leur fiction.
Je deviens l’aventure où ils sont engagés,
M’accomplissant ainsi d’être de leur objet.

Le 24 novembre 2025.
C.B.

En la nuit, une armée

Où se trouvent les morts; ça je vous le demande,
Où se trouvent les morts; à jamais disparus,
De notre vie terrestre et du coin de nos rues.
Où se trouvent les morts, sans que je vous commande.

Avez-vous une idée d’où se loge leur absence ?
Que je perce le secret qui me les fait aimer,
Comme si en la nuit ils formaient une armée
Que je vois s’animer de toute sa puissance.

Le 28 décembre 2025.
C.B.

Noël

En ce soir de Noël où les âmes sont distraites,
Des songes emballés s’extraient de leur retraite,
Et vagabondent au gré d’un voyage indécis,
Pour s’amener à moi , chargés d’une éclaircie.

Le 24 décembre 2025.
C.B.

Solo

En un solo d’oiseau charmant, rien que pour moi,
Un petit ailé vient se poser à deux pas.
Cet oiseau, je le sais branché depuis des mois,
Comme l’âme revenante de ma chatte Pépa.

Début octobre 2025.

Sous les arbres

Je ne pense pas plus loin que vous, seulement je me rallonge jusqu’à atteindre mes néants. Ils sont de ruines et d’ombres sous les arbres, à l’aplomb de pentes boisées où je te cherche, mon oubliée du monde réel.

Le 22 septembre 2025.
C.B.