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Un songe de présence

Juste le temps je prends de faire le point sur rien
Comme si j’avais le vague au creux du caberlot
Là où je cherche d’ordinaire au quotidien.
Je ne partage pas en le sein des autres, le flot.

Je suis ailleurs de par le rythme de mes pensées,
Je les rejoins par où elles ont pas commencé.
Je ne verse qu’au silence le fruit de mon retrait
Comme un peintre qui ne peut me brosser le portrait.

Je suis un homme qui pense à rien, pas plus que ça,
Qui se contente de la jachère de son esprit,
Et qui se tire de la situasse, façon fissa,
Comme si tout seul il se disait :   » Pas vu pas pris « .

Pas vu pas pris, ça doit être ça qui me régit,
Qui remplit ma vie de tout un air de magie.
Un air d’absence entre les autres, un air de fuite,
Un air de qui ne s’embarrasse pas pour la suite.

Le 18 septembre 2019. C.B.

Aux autres

   Les morts pensent à moi. Ils me le disent de près. Ils se répètent à mes écoutilles au secret des autres. Car leurs songes sont de paroles. Ils pensent à moi comme l’un des leurs. Je suis un  mort en devenir. La mort, je l’aime en tant que domaine à parcourir en tous les sens. J’y suis un envoyé spécial; une estafette. Je  dispose de tout un attirail. Ça ne se voit pas, mais je suis en tenue de mort parmi les vivants. Me reconnaissent quelques uns comme moi, en la même situasse de visiteurs de chez les moucharabes.

   Je ne vais pas mourir. Je suis déjà clamsé de toute ma vie. Je suis l’absent qui vous veux autres.

Le 7.10.2019. C.B.

Elle se rêve à la lune

Par un ciel dégagé elle se rêve à la lune
D’une pensée si étendue qu’elle ramène les bruits
Jusqu’à moi, jusqu’à m’emplir aussi de la nuit
A laquelle nous dédions nos visions l’un et l’une.

On songe à ceux qu’ont l’imaginaire à zéro
Et qui pourtant nous sont des âmes de héros.
C’est parmi eux qu’on puise les idées du nouveau
De toute l’inspiration que leur étude nous vaut.

Nous sommes en les cerveaux de ce qui nous est autre,
Nous voyageons au titre de l’imagination
Où à travers les friches nous sommes en progression,
Parcourant de la vie tout ce qui vous est vôtre.

Ma chatte et moi formons un couple en escapade
Sur les fonds de l’ailleurs tous deux en camarades,
Où nous trouvons l’espace pour nous revigorer
Dès que l’occase se presse à nous faire prospérer.

Le 3 août 2019. C.B.

Je cherche un coin où être à moi seul au large des autres. Un coin perdu sans influence. L’un de ces coins où se développe ce qui n’est pas. Je cherche un endroit où l’on peut se tremper à l’ombre d’une absence et puiser en cette onde au flot de la camarde. J’aspire à ne pas être afin de garder des réserves à mon secret d’ailleurs.

                                                                                                                                                                                                    Le 21 juin 2019. C.B.

Je ne serai jamais connu. ça, je le reconnais. Il s’agirait d’une farce que mon nom fasse le beau. J’ai beau m’aimer beaucoup, je ne franchirai pas le cap de me montrer en célèbre. Je serais un autre alors. Et il n’est pas d’accord pour que je nous livre au public. Il veut du secret sur nos entreprises à créer le monde. Donc, être connu, cela alourdirait le lot de mes faiblesses. Mon autre ne me le pardonnerait pas. Et, entre le perdre et réunir les bravos à mon endroit, je choisis ma vie de couple avec mon autre.

                                                                                                                                                                                                                  Le 30 décembre 2018. C.B.

Tu me reconnais pas ?

De passage en une rue montante, après un cimetière j’aperçois un chat couché. Il demande rien à personne, sauf que de me voir passer par là. Il a l’air des plus mal en point avant même que je ne sois sur lui. Il se traîne comme un cadavre vivant ravagé par un mal qui fait sourdre de la mousse en un coin de ses lèvres. J’ai cette formule où je résume tout mon trouble : « -Tu me reconnais pas  ? « 

Je ne sais si c’est ma voix qui le charme plus encore, mais il rampe en se tordant de convulsions avec le regard fixe comme s’il fermait déjà son âme. Je ne puis rien faire en face de ce pauvre marcou réduit à l’état de larve. Je ne dispose pas de trousse de médecin. Mon impuissance me suit cependant très au delà de la rencontre. Je pense à lui, à mon matou. Je pense que je n’ai pas eu les mots qu’il faut en semblable circonstance.

Aurais-je dû lui causer de la camarde qui le guettait ? Etais-je capable de me trouver à son trépas ? Je ne sais qu’une phrase à lui dire maintenant que je l’ai quitté : « -Je ne suis pas loin. Je ne suis pas loin… « 

C’est juste un baume sur sa douleur qui me révèle que je ne peux lui parler vraiment, qu’il m’est chagrin sans que j’y puisse…

Ce que je redoute, c’est qu’on ne le ramasse, tout incapable à se défendre qu’il est, et que de la sorte un autre ne me vole sa fin.

 

Le 20 octobre 2018. C.B.

L’éternel rêve humain

À Hubert-Félix THiéfaine

À depuis la nuit des temps remonte ce rêve de l’éternel humain : se voir après sa mort. J’aurais pas ce plaisir de prospérer en fantôme de mon autre. Se dépasser n’est pas de ma compétence. Je sais bien que c’est une responsabilité terrible que de ne pas rester pour ceux auxquels je conviendrai. Mais tous mes rendez-vous sont déjà pris avec l’absence. C’est ici mon point de rencontre.

Le 10 octobre 2018. C.B.

En commun

Moi qui voulais être peinard sur le tarmac de mes idées tôt le matin, la voilà qui se réveille de la surveillance de sa vioque, et si nous pouvions seulement nous bécoter en nous pelotant, mais non ! V’là la smala qui se radine des autres qui me polluent la grâce de l’aube avec leur présence. Je veux pas en être du nombre des autres. Je veux pas partager avec eux. Et ils s’imposent à ma solitude. Je ne suis pas du vivre ensemble à la con qui nous est imposé. Je veux pas que ça se passe bien entre vous et moi. Je me tape pas du mieux ou du meilleur. Je ne souhaite plus vous voir rassemblés  autour de moi, car c’est une farce que votre société ! Ce qui me convient, c’est le silence à pas de vous en comité !

Le 26 juillet 2018. C.B.

Mes contemporains

Je n’ai pas l’âme de mes contemporains. Je parle au sens où je ne suis pas en relation avec eux. Je ne suis pas de leur peuple. Je suis un autre à jamais de ce monde qui est le leurre. Ca n’est pas un caprice d’une mode inventée par mes soins. C’est un profond constat de rupture entre vous et moi. Nous ne sommes pas unis, ni divorcés, nous vivons en étrangers. Nous nous cotoyons en cela même que je ne montre pas ma différence d’avec vous. Je donne le change, mais je vous fuis de toute ma présence. Je suis issu d’une autre force que le partage.

Le 4 mars 2018. C.B.

Où l’éclairage cherche son nid I

I Par les coins sombres des sous-bois trempés où les branches perlent comme de suée, je te suivrai mon abandon au désespoir. Je te suivrai au bord des boires dont l’onde plonge son ombre au sein des gouffres. Ces lieux perdus et désolés je les voudrais me consoler au plus profond de leur chagrin. Mais pour ces nids de volupté où la tristesse n’est qu’une eau fraîche, je dois garder tout le secret de ma présence. Il ne faut pas qu’un autre de mes semblables devine un seul instant que j’ai été en ces parages. Il s’impose donc que tout oubli devienne l’écrin de mon voyage.

Le 4 mars 2018. C.B.