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A celle qui sourit quand le charme est tombé

Sans nul reproche, tu peux bien lui dédier ces vers,
Tu ne remettras  pas en cause son univers.
Tu joueras pas sur elle un rôle pour influer
Quand elle décide qu’est venu l’heure de te saluer.

Elle a ses politesses accrochées à ta vie,
Des allées et venues qui s’allongent à l’envi
Sous des airs de caresses qu’elle mitonne en son sein,
Et dont elle use du charme envers toi à dessein.

La camarde te laisse de la place à ton souhait
Où elle tisse pas à pas ce qui te devient vrai
Comme la seule enveloppe qui te soit affection
En un art consommé de toute sa passion.

Tu es marié à elle dès le commencement,
Inclus aux personnages qui peuplent son roman.
Tu peux chercher une fuite ; elle te rattrape au vol,
Elle capte tout de chacun de ses projets d’envol.

Elle te lâche pas même au sommeil de chez Morphée,
Comme si elle ménageait en tes songes ses effets.
Elle t’annonce la fin dont elle te parera.
Tout comme s’il te manquait une tenue d’apparat.

Le 19 août 2019. C.B.

Tu me reconnais pas ?

De passage en une rue montante, après un cimetière j’aperçois un chat couché. Il demande rien à personne, sauf que de me voir passer par là. Il a l’air des plus mal en point avant même que je ne sois sur lui. Il se traîne comme un cadavre vivant ravagé par un mal qui fait sourdre de la mousse en un coin de ses lèvres. J’ai cette formule où je résume tout mon trouble : « -Tu me reconnais pas  ? « 

Je ne sais si c’est ma voix qui le charme plus encore, mais il rampe en se tordant de convulsions avec le regard fixe comme s’il fermait déjà son âme. Je ne puis rien faire en face de ce pauvre marcou réduit à l’état de larve. Je ne dispose pas de trousse de médecin. Mon impuissance me suit cependant très au delà de la rencontre. Je pense à lui, à mon matou. Je pense que je n’ai pas eu les mots qu’il faut en semblable circonstance.

Aurais-je dû lui causer de la camarde qui le guettait ? Etais-je capable de me trouver à son trépas ? Je ne sais qu’une phrase à lui dire maintenant que je l’ai quitté : « -Je ne suis pas loin. Je ne suis pas loin… « 

C’est juste un baume sur sa douleur qui me révèle que je ne peux lui parler vraiment, qu’il m’est chagrin sans que j’y puisse…

Ce que je redoute, c’est qu’on ne le ramasse, tout incapable à se défendre qu’il est, et que de la sorte un autre ne me vole sa fin.

 

Le 20 octobre 2018. C.B.

La fin de moi

Elle me revient par tous les bouts, la fin de moi. Je me mets alors sur mon trente et un de tristesse d’une réserve d’où je puise bien avant le début de ma vie. Elle me revient comme si l’oubli se transformait en connaissance. Tous ceux qu’un manque a balayé de la souvenance s’arriment à mon caberlot quand il est ouvert. La fin de moi est une présence à ceux qui vont dispersés au large de la fuite. Je vais souvent jusqu’à la fin de moi au bord de mes limites visiter les extrêmes qui sont de me tenir un rang parmi les vivants. Mais à la fin de moi je plonge en un doute.

Le 18 avril 2018. C.B.

Je suis un silence sorti des ruines

      !Je suis un silence sorti de ruines. Une ombre de présence. Je suis partout où ça se passe. Je suis une âme à la parole. Je suis celui que vous savez ne jamais lâcher le crin de sa monture la nuit, pour venir visiter toutes  les sentes oubliées du rêve. Je suis celui qui se dépense en vue de ne pas perdre le lien avec l’autre. Je suis celui qui vous voyage. Je suis celui qui vous rencontre lorsque vous vous croyez seul, et qui ne prend que l’espace d’une ombre. Je suis votre vous, votre autre. Je suis de ceux qui reparaissent pour vous annoncer parmi le monde, une fois que vous êtes mort. Je suis celui qui dépasse la fin, et pour qui les ruines ne sont que le commencement du passé.

Le 21 juin 2017. C.B.

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christophemedaillonJe l’ai perdue cent fois avant qu’elle ne soit morte. Pas même écrasée ainsi que je le redoutais, mais d’une fin de chatte agonisant avant la fosse commune qui les attend tous, tous les greffiers, les clébards. Elle a croisé la camarde au fond des ses pupilles, et l’autre, invitée, a mis les bouts à son âme comme l’on prend des parts au chagrin qui nous tient compagnie aussi fort que l’absence. Elle a trouvé les ruines à son passage.

 

Le 15 septembre 2016

C.B.