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Deux de la nuit

Arrivés par l’on ne sait où sur le profond d’une nuit précoce, ils vont tous deux par des chemins tracés d’errance, comme si la suite de leur pas marquait d’oubli nombre d’endroits. Ils se retrouvent parmi les morts qui ne sont pas de ce pays. Mais eux se risquent parfois en des lieux où seule mon âme a ses entrées. L’on se rencontre à la dérobe entre les ombres de nos absences, à la façon de ses amants qui ne se peuvent afficher.

Le couple ainsi formé des deux se rend là où les sites accueillent sa solitude de voyageurs qui s’abandonnent et se transportent de place en place. Moi qui sais par où ils s’aventurent, je m’en remets à ne pas les trouver. Car leur fortune réside en somme qu’à ne dépayser les songes.

Le 21 12 2021. C.B.

Un songe en manque

Je n’ai même pas le temps d’en rêver qu’elle s’enfuit à toute volée; m’abandonnant à l’impression que je ne puis la contrôler celle qui dépasse jusqu’à la sensation de toute apparition. Ça n’est pas celle qui se suspend en l’air à hauteur de l’étage pour visiter votre mirage, mais l’héroïne d’un songe en manque.

Le 11 octobre 2021. C.B.

Vous rencontrer

Au travers de vos oeuvres complètes ; je puis vous rencontrer ; parce que toutes vos heures dormies  y contribuent comme un réel travail de veille. Vous composez de vrais romans avec des descriptions entrecoupées de dialogues qui nouent  les rebondissements les uns aux autres. C’est de ce repos habité que je m’inspire pour méditer moi-même toute ma prose. Je sais de vous tous les secrets de ces  longues pauses où croît l’ailleurs. Pour profiter encore de vous, je me coule à vous écouter là où les songes se ronronnent.

Le 4 juin 2021. C.B.

Arrachés aux songes

Avant de les écrire il se passe comme un rêve
Où il faut que la nuit de tous ses points s’achève
En laissant place à l’âme qui se veut productive
Et développe ainsi toutes ses forces actives.
En un mot ou en cent, si la prose est au beau,
Il me faut rameuter de mes phrases le troupeau.
Alors, je lâche mon chien qui va chercher des pistes
Et dès lors cabriole en se croyant artiste.
Les premiers mots du jour sont arrachés au songe;
Pourtant j’ai toujours peur qu’ils se ruinent en mensonges,
Qu’ils se dérobent à moi, au fruit de mes idées,
Et livrent sans saveur une pros’ mal possédée.
Car ce qu’il faut en outre, c’est leur donner un sens,
Quand tout mon caberlot peine à la croissance,
Et c’est quand erre au vide l’objet de mes pensées
Que je dois préparer du text’ la traversée.
Il s’agit en effet d’en être le nautonier
De ces mots hasardés, sans pour autant les nier.
Il me faut les conduire à travers tous les autres,
Sans en oublier un qui ne soit pas des nôtres.
Je suis le responsable de toute ma création,
Dont il me faut d’emblée contrôler la passion,
Et si je tire les mots du profond de mon âme
C’est que je m’y écris ad vitam aeternam.

Le 21. 02. 2021. C.B.

Assemblés par le songe

Sans le savoir elle est sa femme, et ce au delà des années perdues. Elle a de lui la tournure claudiquante d’une pauvre chiffe articulée par une tourmente intérieure. Elle ne sait quand elle mourra pour l’aller retrouver. Car il attend qu’elle soit la sienne. Ils sont de ces couples de rencontre assemblés par le songe.

Lui, il est mort, mais pas du souvenir, et elle, l’épouse de Quasimodo, il faut qu’elle gagne ses lettres de noblesse à la misère de ce monde, comme si une oeuvre l’appelait à être sa dame.

Le 29 juin 2020. C.B.

L’ailleurs me vient d’entre ses yeux

Sans permission, mais avec la clef, je suis entré en les rêves d’une chatte, afin d’y voyager au long de l’ailleurs. Hé bien l’ailleurs n’est pas si loin. Ma chatte du dehors est une chatte de l’ailleurs. L’ailleurs me vient d’entre ses yeux quand elle s’amène à son retour. Elle voit de ce qui passe par là où rien n’est de ce monde. Elle se trouve avec moi avec ses songes rapportés.

Le 15 novembre 2019.C.B.

Hiéronimus ( e )

Entre les rimes elle trouve sa place, comme si elle déployait sa grâce. Son nom arbore des ailes d’oiseau échappé de quand l’époque où les messagers volaient entre les tours des forteresses. Hiéronimus, c’est tout le style d’un blason d’ancienne famille. C’est du rustique, de l’esthétique, du gothique, et tout le chant d’une langue morte par où je vis.

Hiéronimuse, c’est l’endroit où je suis attendu au sein de mes songes; là d’où rayonne ce que je puis envisager entre les mots, là où je donne de mon absence à chaque endroit que j’ai quitté. Car par ce nom épousé de moi je ne vis plus que de la perdre ma muse antique, Héronimuse. Aussi, par précaution, je la caresse d’un oubli.

Le 11 novembre 2019. C.B.

Un songe de présence

Juste le temps je prends de faire le point sur rien
Comme si j’avais le vague au creux du caberlot
Là où je cherche d’ordinaire au quotidien.
Je ne partage pas en le sein des autres, le flot.

Je suis ailleurs de par le rythme de mes pensées,
Je les rejoins par où elles ont pas commencé.
Je ne verse qu’au silence le fruit de mon retrait
Comme un peintre qui ne peut me brosser le portrait.

Je suis un homme qui pense à rien, pas plus que ça,
Qui se contente de la jachère de son esprit,
Et qui se tire de la situasse, façon fissa,
Comme si tout seul il se disait :   » Pas vu pas pris « .

Pas vu pas pris, ça doit être ça qui me régit,
Qui remplit ma vie de tout un air de magie.
Un air d’absence entre les autres, un air de fuite,
Un air de qui ne s’embarrasse pas pour la suite.

Le 18 septembre 2019. C.B.

Aux autres

   Les morts pensent à moi. Ils me le disent de près. Ils se répètent à mes écoutilles au secret des autres. Car leurs songes sont de paroles. Ils pensent à moi comme l’un des leurs. Je suis un  mort en devenir. La mort, je l’aime en tant que domaine à parcourir en tous les sens. J’y suis un envoyé spécial; une estafette. Je  dispose de tout un attirail. Ça ne se voit pas, mais je suis en tenue de mort parmi les vivants. Me reconnaissent quelques uns comme moi, en la même situasse de visiteurs de chez les mouchrabes.

   Je ne vais pas mourir. Je suis déjà clamsé de toute ma vie. Je suis l’absent qui vous veux autres.

Le 7.10.2019. C.B.

Je suis souvent avec ma mère

Je suis en charge d’un fantôme qui hante les travées de mon caberlot avec un charme volé aux songes. Mon imagination croise au large de son absence. Je lui sied de m’accorder visite. Parce qu’elle se refuse à manifester son autre en dehors de moi. Je la sais mienne. Entre les ombres de la nuit elle se déplace de l’une à l’autre jusqu’à la mienne où je l’attends. Et quand nos ombres ne font plus qu’une je suis son double. Je suis le sien là où son âme se propage au refuge de ma seule pensée. Avec elle je me sens en âge d’être un autre. Et j’en profite pour en chausser les bottes et me tirer ailleurs sur ces sentes où elle posait son oubli. Je les ai retrouvées entre des songes venus me rencarder : « — Ta mère y allait. Ta mère y allait. Vas-y à ton tour. Mais aie soin de croiser en dehors de tes pas ce qui est son absence.

 Le 9 novembre 2018 C.B.