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Un songe de présence

Juste le temps je prends de faire le point sur rien
Comme si j’avais le vague au creux du caberlot
Là où je cherche d’ordinaire au quotidien.
Je ne partage pas en le sein des autres, le flot.

Je suis ailleurs de par le rythme de mes pensées,
Je les rejoins par où elles ont pas commencé.
Je ne verse qu’au silence le fruit de mon retrait
Comme un peintre qui ne peut me brosser le portrait.

Je suis un homme qui pense à rien, pas plus que ça,
Qui se contente de la jachère de son esprit,
Et qui se tire de la situasse, façon fissa,
Comme si tout seul il se disait :   » Pas vu pas pris « .

Pas vu pas pris, ça doit être ça qui me régit,
Qui remplit ma vie de tout un air de magie.
Un air d’absence entre les autres, un air de fuite,
Un air de qui ne s’embarrasse pas pour la suite.

Le 18 septembre 2019. C.B.

Elle se rêve à la lune

Par un ciel dégagé elle se rêve à la lune
D’une pensée si étendue qu’elle ramène les bruits
Jusqu’à moi, jusqu’à m’emplir aussi de la nuit
A laquelle nous dédions nos visions l’un et l’une.

On songe à ceux qu’ont l’imaginaire à zéro
Et qui pourtant nous sont des âmes de héros.
C’est parmi eux qu’on puise les idées du nouveau
De toute l’inspiration que leur étude nous vaut.

Nous sommes en les cerveaux de ce qui nous est autre,
Nous voyageons au titre de l’imagination
Où à travers les friches nous sommes en progression,
Parcourant de la vie tout ce qui vous est vôtre.

Ma chatte et moi formons un couple en escapade
Sur les fonds de l’ailleurs tous deux en camarades,
Où nous trouvons l’espace pour nous revigorer
Dès que l’occase se presse à nous faire prospérer.

Le 3 août 2019. C.B.

La muse rivale

À Marivaux.

Ce qui se passe est qu’une muse s’approprie, au passage, l’une de mes idées, au point de la ranger trop bien et qu’elle m’échappe. La mienne de muse demande alors des comptes à l’oublieuse :

-Qu’as-tu fait des délices du songe éveillé ?….

-Quel droit de regard as-tu sur ceci ?

-Le droit que mon homme fait siennes mes pensées ! 

-T’as aucune preuve de ce que tu avances ! Il n’existe pas de propriété intellectuelle rapportée à une muse quelconque, même si tu veux te distinguer en tant que muse.

-Tu parles sans doute de me baiser la gueule grâce au manque de règles ?

-Tout de suite les grands mots, bientôt les menaces… ?

Elle lui vole soudain en pleines plumes que la mienne en est toute remuée. Elle ne sait plus par où donner entre ces dames encolérées. Y’a de quoi divaguer du caberlot par tous les bouts. Y’a de quoi se demander qui est la muse vraiment ? Et ne s’offre à moi qu’une solution afin de m’y retrouver, celle de convoquer mes personnages autour d’une table ronde pour faire le point.

-Sire, si l’on peut se permettre, vous avez trop de muses, quand il n’en faut qu’une, telle la dame du lac.

-Que me conseillez-vous alors ?

-Il vous faudrait Sire, aller en des ruines inspirées.

… Où la bataille d’idées des muses commence…. 

Juillet 2017. C.B.

Les trois muses

 

Où que j’aille

J’écris afin de chasser le temps des ruines de ma vie, cette poussière habitée qui se loge au  plus reculé des âmes. J’écris pour poser un nouveau regard sur le monde où ma pensée ne soit pas trahie par la parole des autres. J’écris pour témoigner de ma fuite parmi les ombres de ce temps. J’écris pour être un seul, un vrai, et pas l’obligé de relations où il se perd. J’écris des ruines de mon absence qui forment un tout de désolance. Je suis en deuil où que j’aille comme si l’écrit m’y devançait de son ennui et sa tristesse.

                                                                                                                                                                                                             Le 26 mars 2017.

                                                                                                                                                                                                                         C.B.