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Un vol de flamme

Un feu passe sur la lande à une faible hauteur ainsi qu’un message provenant de l’oubli. Il n’a nulle provenance et pas plus de point où se poser. Il traverse les nuits par là où personne n’est, comme s’il cherchait le monde en son absence profonde. Il explore par le vide les espaces désolés où sa flamme affolée exprime ce qui n’est plus en dehors de son vol. Un vol de flamme à ras de lande s’en va visiter les ruines d’une abbaye où se tiennent aujourd’hui des ombres. Un ruisseau abreuve le silence où je me trouve au bord de l’onde.

Le 26. 10. 2019. C.B.

Un songe de présence

Juste le temps je prends de faire le point sur rien
Comme si j’avais le vague au creux du caberlot
Là où je cherche d’ordinaire au quotidien.
Je ne partage pas en le sein des autres, le flot.

Je suis ailleurs de par le rythme de mes pensées,
Je les rejoins par où elles ont pas commencé.
Je ne verse qu’au silence le fruit de mon retrait
Comme un peintre qui ne peut me brosser le portrait.

Je suis un homme qui pense à rien, pas plus que ça,
Qui se contente de la jachère de son esprit,
Et qui se tire de la situasse, façon fissa,
Comme si tout seul il se disait :   » Pas vu pas pris « .

Pas vu pas pris, ça doit être ça qui me régit,
Qui remplit ma vie de tout un air de magie.
Un air d’absence entre les autres, un air de fuite,
Un air de qui ne s’embarrasse pas pour la suite.

Le 18 septembre 2019. C.B.

Une fanfare à elle toute seule

Lorsque ma chatte se trouve sur le dos en plein dessus la pelouse avec la queue qui remonte entre les pattes, il ne lui manque qu’un instrument à vent pour constituer une fanfare à elle toute seule. Tout le tabarin vient de ce que je l’écoute mener ses musiciens au seul son de son récital endiablé, encore plus assuré que celui d’une muse. Elle compose au silence, comme Beethoven. Elle souffle en sa queue et elle tire les notes qui vous compose une oeuvre…

Le 10 juin 2019. C.B.

Je me sens pris de l’être

Sans prévenir personne parmi mes camarades
Je m’en vais seul marcher une calme promenade
Sans aucun but précis autre que de m’oublier
Le long du temps qui va et de son sablier.
Je n’ai de but avoué que de me retrouver
Comme un seul homme en moi occupé à rêver.
Je trace le long des haies avant d’aller au bois
Où je me vêts d’une ombre toute couchée sur moi.
Elle s’accorde aux feuilles de ce coin solitaire
Dont peu à peu j’habite doucement le mystère.
Je m’établis en hôte voyageant sans témoin,
Silencieux à souhait et dont le plus grand soin
Est de se fondre au coeur de ce qui fait l’absence,
En ce terrain propice à gommer ma présence.
J’avance pas à pas comme si je n’étais pas,
J’avance d’un air fantôme tout sorti du trépas.
Que puis-je demander à ce monde désolé ?
Quand soudain un frisson en vient à  m’affoler.
Je me sens pris de l’être et un souffle m’enrobe
En un creux de caresse sans que je me dérobe.
Une histoire se raconte le long de mon esprit
En un luxe de détails qui me rend tout surpris :
Il se lève une aura aussi fine qu’un voile
Qui d’un frisson parcourt tout le sens de mes poils.
Et me voilà au pied d’une tombe isolée,
Pas du tout dans le style pompeux du mausolée;
Une sépulture en ruine cernée par la broussaille
Avec un rang de pierres en manière de muraille.
Je regarde ce jardin où ne fleurit nul nom
En dehors de la fuite lorsque nous la prenons.
Qui me chavire l’âme de ce point de néant
Comme si j’étais en prise avec un revenant ?
Je ne saurais le dire autrement qu’au silence
Dont ma pensée s’env’loppe quand une autre s’élance
A me parler d’une voix qui se lève de l’ailleurs.
« -Pourquoi me viens-tu voir sans montrer de frayeur ?
Quel espoir nourris-tu de cotoyer la mort ?
Sens-tu encore planer de ce qui me fut fort ?
Quand je hante ces lieux du fond de ma mémoire
Et que l’anonymat parle par mon histoire ?
Je suis une perdue en l’oubli de chacun
Et c’est peut-être en toi que je deviens quelqu’un.
Peux-tu me dire d’où tient que nous nous connaissions
Et si oui nous jouissons d’une commune passion ?  »
…Jusque-là tue aux autres mais belle et bien réelle
L’une de celles qui nous révèle toi et moi duel.
Nous formons un vrai couple, unis de par l’absence
Qui nous renforce sans cesse jusqu’à reconnaissance.
Je me sais désormais avec elle en coulisse
Qui me borde d’une ombre en son rôle de complice.
Je la vis mienne de chair au point de m’être une soeur
Qui me parcourt en long d’un soupir de douceur.
Elle est tout mon frisson et le suc de ma sève,
Elle anime mon regard jusqu’au bout de mes rêves.
Je sors des bois comme un homme seul en apparence
Mais sans être obligé de quelque transparence.
Je suis porteur d’une autre qui revient à la vie
A travers la camarde jetant son pont-levis.
Elle n’est plus l’hôte de la mort, mais une vivante
Une qui caresse mon corps de ses flammes ferventes.
Pour commencer, où est-ce qu’on va se reposer
Nous tous les deux, car on va rien se refuser ?
Eh bien alors, pas la peine de la présenter;
Je la garde pour moi sous la forme d’une nouveauté.
Je me promène avec mon autre, et c’est ma chance;
Vous seuls et moi nous en prenons la connaissance.
Je suis en route avec ma soeur, sortis des bois
Et c’est pour elle comme une source à laquelle elle boit
Que ce couple que nous sommes tous les deux et tout neuf
Aussi fort qu’une union qui s’extrait de son oeuf.
Si un jour, une nuit, ailleurs, vous nous rencontrez
Jamais de la vie vous ne nous reconnaîtrez;
Mais ça n’engage pas que nous nous vous remettions
Sur le simple constat de poser cette question :
Les couples mixtes vivants et morts, sont de ce nombre
Des humains rapportés où le charme est une ombre.

Le 22 décembre 2018. C.B.

En commun

Moi qui voulais être peinard sur le tarmac de mes idées tôt le matin, la voilà qui se réveille de la surveillance de sa vioque, et si nous pouvions seulement nous bécoter en nous pelotant, mais non ! V’là la smala qui se radine des autres qui me polluent la grâce de l’aube avec leur présence. Je veux pas en être du nombre des autres. Je veux pas partager avec eux. Et ils s’imposent à ma solitude. Je ne suis pas du vivre ensemble à la con qui nous est imposé. Je veux pas que ça se passe bien entre vous et moi. Je me tape pas du mieux ou du meilleur. Je ne souhaite plus vous voir rassemblés  autour de moi, car c’est une farce que votre société ! Ce qui me convient, c’est le silence à pas de vous en comité !

Le 26 juillet 2018. C.B.

À l’écoute de son silence

…ma chatte et moi.

Sans un mot dire je parle avec. Elle me sait à l’écoute de son silence par lequel elle se raconte. Je parviens à percer le sens de ce qu’elle n’exprime pas. Il me faut pour cela avoir le contrôle du flux entre nos âmes, ce fin contact où elle reçoit cinq sur cinq ce que je tais. Ca n’est pas une prose d’un genre nouveau, mais tout l’échange entre…

Le 16 janvier 2017. C.B.

Je suis un silence sorti des ruines

      !Je suis un silence sorti de ruines. Une ombre de présence. Je suis partout où ça se passe. Je suis une âme à la parole. Je suis celui que vous savez ne jamais lâcher le crin de sa monture la nuit, pour venir visiter toutes  les sentes oubliées du rêve. Je suis celui qui se dépense en vue de ne pas perdre le lien avec l’autre. Je suis celui qui vous voyage. Je suis celui qui vous rencontre lorsque vous vous croyez seul, et qui ne prend que l’espace d’une ombre. Je suis votre vous, votre autre. Je suis de ceux qui reparaissent pour vous annoncer parmi le monde, une fois que vous êtes mort. Je suis celui qui dépasse la fin, et pour qui les ruines ne sont que le commencement du passé.

Le 21 juin 2017. C.B.

De Tombelaine…..

Je suis de Tombelaine, la ruine rien qu’éboulis. Je suis moi son fantôme, parmi les ronces. Je suis  « Le roi de rien  » d’un désert d’îlot. J’hante les souterrains qui mènent de ce lieu à Blanche Roche, sous le sol  de la Manche. Je suis le rescapé des ambiances fumeuses par où le ventre de la Terre émet des vents secrets. Comme à Jersey ou Guernesey, l’exil s’exprime entre les flots. La nuit, les sons de cloches se répondent comme des phares sonores qui zèbrent d’effrayance le silence des côtes.

Blanche Roche à marée haute, Fermanville (50)

Le 1er avril 2017.

C.B.

Le maudit du verbe

christophemedaillonPar tous les bouts on le déteste
Ce fantôme venu de la peste
Comme si la rage crachait ses flammes
À gros débit coulant de l’âme.
Louis-Ferdinand est un maudit
Par lequel la prose reverdit
Et qui voyage vers nous encore
Entre les ruines de son décor
Jusqu’à briser à coups de gueule
Le silence où l’on n’est plus seul,
Et ramener dans le délire toute la situasse
Qu’il remue du fond de la crasse.
Il en touille beaucoup de la jaille
Où l’on s’enfonce jusqu’à la taille.
Il s’y repaît à grandes brassées
Au monde qu’il sait embrasser.

Octobre 2016.

C.B.