Son âme se cache tout le jour

Quand la lune se cache et que la nuit est veuve

Je cherche après elle un sentiment de preuve

Car je ne puis aller hors de son influence

Comme si elle me coiffait d’un halo de présence.

Je marche par la nuit en des lieux isolés

Que je couvre d’une ombre sous mon pas révélée.

Je suis par les chemins de mon âme le domaine,

Et me trouve là partout où mes sens me mènent.

J’aime de la solitude ce qu’elle m’ouvre de secrets

Tout au long de l’ailleurs où mon histoire se crée.

Je me suis aperçu que la nuit m’espérait

Une fois qu’en son sein à moi tout seul j’errais.

La nuit m’attend, comme si je leur donnais rencard

De là où elle se poste et qu’elle veille au quart.

Je la sais où son âme se cache tout le jour

Préparant le terrain où elle revient toujours.

Car la nuit est porteuse de tout mon univers.

Et elle fait du temps que je passe à travers.

Quand la lune se montre et qu’elle monte en première

C’est à ce moment-là que j’abonde en lumière.

 

Le 4.03.2021.

C.B.

 

 

 

Arrachés aux songes

Avant de les écrire il se passe comme un rêve

Où il faut que la nuit de tous ses points s’achève

En laissant place à l’âme qui se veut productive

Et développe ainsi toutes ses forces actives.

En un mot ou en cent, si la prose est au beau,

Il me faut rameuter de mes phrases le troupeau.

Alors, je lâche mon chien qui va chercher des pistes

Et dès lors cabriole en se croyant artiste.

Les premiers mots du jour sont arrachés au songe;

Pourtant j’ai toujours peur qu’ils se ruinent en mensonges,

Qu’ils se dérobent à moi, au fruit de mes idées,

Et livrent sans saveur une pros’ mal possédée.

Car ce qu’il faut en outre, c’est leur donner un sens,

Quand tout mon caberlot peine à la croissance,

Et c’est quand erre au vide l’objet de mes pensées

Que je dois préparer du text’ la traversée.

Il s’agit en effet d’en être le nautonier

De ces mots hasardés, sans pour autant les nier.

Il me faut les conduire à travers tous les autres,

Sans en oublier un qui ne soit pas des nôtres.

Je suis le responsable de toute ma création,

Dont il me faut d’emblée contrôler la passion,

Et si je tire les mots du profond de mon âme

C’est que je m’y écris ad vitam aeternam.

 

Le 21. 02. 2021.

C.B.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le fruit des songes

 

Cachée derrière les toits la lune se profile
Comme si en cette nuit elle cherchait son profil.
Cette soeur, de mes songes, accueille le secret,
Et ce du plus abstrait à des aspects concrets.
Elle est au fond du ciel cette lune voyageuse
Du théâtre de l’écrit une grande pourvoyeuse.
Elle puise en mes pensées la suite à ses histoires
Qu’elle raconte après à tout un auditoire.
Je suis sous la dictée de sa pleine influence
Et j’en écris la nuit, par là où tout commence.
Elle m’accompagne le long de ce calme des heures,
En fidèle et en muse, en camarade, en soeur.
L’on me juge paresseux, mais c’est mal me connaître,
Car avec la cafarde, je suis à la fenêtre,
Je suis à la croisée, là où le monde s’invente
Sous le trait de ma plume, et sans que je m’en vente.
Avec ce fruit des songes que je promène en moi
Je vis comme animé par une sorte de foi;
Une force de l’ailleurs où un couple se construit
A croire que du silence notre fiction s’instruit.

Le 21. 12. 2020. C.B.

Les sentes de l’oubli

De par les nuits perdues je me cherche une prose,
Car je ne sais que dire sur les lieux isolés
Où mon âme se promène afin de s’isoler;
Que de trouver le vide où l’abandon se pose.
Je voudrais en l’instant nourrir toute ma tristesse,
Que celle-ci me devienne comme une poêtesse,
Instruite entre toutes de ce qu’est ma nature;
Celle qui se réenchante aux plus noires aventures.
Je cherche les coins sombres pour y loger mon âme
Car c’est là un lieu sûr que les sentes de l’oubli.
Une sorte d’alcôve en forme de repli
Où l’absence se musse ad vitam éternam.

 

Le 27.112020. C.B.

Elle est plusieurs en toutes

Afin d’en loger une, il faut une patience d’ange
Comme de faire la place pour que la vie se range.
Et moi je la déniche en  sondant les espaces
Je la repère ailleurs aux endroits où elle passe,
Car elle laisse des traces à la façon d’un peintre
Qui exprime sa vie là où le désir pointe.
Sur ce coin de terrasse où le soleil sourit,
Par exemple, elle est là, en un point de Paris.
Mais aussi par ailleurs elle se trouve embarquée,
Comme si un peu partout elle portait son paquet.
Elle est plusieurs en toutes; multiple elle apparaît,
Caressant de son âme et le faux et le vrai.
Je connais cette femme divisée en plusieurs,
Son âme est enchantée, répandue en ses soeurs.
Elle voyage en solo au don d’ubiquité
Au hasard de ces lieux qu’elle sait habiter.
Et elle est quelquefois, lorsque je la rencontre
Composée de tout autre de ce qu’elle ne se montre.
C’est une femme diverse qui vit en sa prochaine,
Qui de ses relations compose toute une chaîne.
Elle investit les hommes, elle investit les femmes,
Elle se présente en somme au regard de leur âme.
Mais je la cherche quand même bien qu’elle se divise
Car avec elle je crois qu’au fond je fraternise.
Je m’en fais une alliée où que je puisse aller,
Sans chercher à la voir qu’en des instants volés.

 

Le 06.11.2020. C.B.

Du côté des indiens

Si l’on se rencontrait aujourd’hui, sans se connaître, nous plairions-nous, toi et moi ? Aurait-on cette envie qui vibre au point de tous les sens ? Serions-nous  des nouveaux de notre connaissance ? Des chercheurs, assoiffés d’avoir vécu des ailleurs à la vie que nous menons ensemble, et qui ne se peuvent confondre. Ou alors, étais-je de ton côté déjà lorsque tu préférais les indiens aux convois de pionniers. Croisais-je en ton âme ?

Le souffle de l’ailleurs

Céline me nuit à plus d’un titre, je le constate.
Mais devant la force de ses mots je me gratte.
Je devrais pas le lire; ça me flanque la nausée,
Encore que roman soit d’un autre l’exposé.
Céline me fiche à terre comme le roi de rien
Moi qui n’aie pas vécu l’Occupe et les Aryens.
Je suis dépossédé par son art de la rue,
Et c’est de la bijaille que je sors de mon cru.
Ah ! Si le sieur Céline s’était nommé Marcel
J’aurais pu de la prose faire des étincelles !
Au lieu de ça hélas je suis un laborieux
Qui suffit à sa peine de pauvre galéreux.
Ah si ! En ma débine, je gagne de créer
Un tas de mots nouveau afin de m’aérer
A fond le caberlot du souffle de l’ailleurs
Tout comme si je donnais de mon âme le meilleur.

 

Le 13 octobre 2020. C.B.

Une approche

Je demeure en arrêt quand en tous ses éclats
Il éclaire la nuit de son ciel déchaîné
Cet orage sanglant aux sens abandonnés.
Dont depuis un abri je mesure les ébats
L’on se teste l’un et l’autre au coeur de cette accroche
Opposés face à face par des forces contraires
Mais nous n’ sommes pas si loin de nous penser en frères
Car de tout ce tumulte il ressort une approche.

 

Le 22 septembre 2020. C.B.

Elle ne s’invente que pour le charme

J’aime ma mère depuis sa mort comme l’on aime une âme défunte. C’est à dire que je prise son ombre quand elle me cherche en mes mouvements. Elle me protège par ce lien né entre nous très au delà de la naissance. Je la sais mienne sans qu’elle me manque car je la crée par ma pensée. Elle ne s’invente que pour le charme.

Le 5 septembre 2020. C.B.

A la dérive

Entre nous dit, j’aimerais bien écrire la nuit
Etre au sommet de mon envie chassant l’ennui
Par des heures et des heures d’un long travail fécond
Où l’homme se dépasse en un état second.
Mais je suis schlass comme engourdi, sans jus, fini,
Tel un homme qui n’a plus de niaque, indéfini.
De ma vie, en soirée, je vais en clandestin,
Je suis par l’abandon de toute mon âme atteint.
Mais je nourris pourtant à plein mes ambitions,
Sans qu’elles relaient d’un brin un ordre de mission.
Je suis sans voix le soir comme au couchant des rêves
A croire que par l’inverse la nuit là ne s’achève.
Pour que l’oeuvre s’affirme il faudrait de l’aisance,
Réveiller le domaine où croît la connaissance.
Mais je ne peux brasser que le vide des idées.
Je vais, je viens, je fuis, sans rien me demander.
Il reste à espérer que mon oeuvre ne s’écrive
En dehors de ces heures où j’erre à la dérive.

 

Le 26.092020. C.B.