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Isabelle – André Gide

isabelle1Gérard Lacase, chez qui nous nous retrouvâmes au mois d’août 189., nous mena, Francis Jammes et moi, visiter le château de la Quartfourche dont il ne restera bientôt plus que des ruines, et son grand parc délaissé où l’été fastueux s’éployait à l’aventure. Rien plus n’en défendait l’entrée : le fossé à demi comblé, la haie crevée, ni la grille descellée qui céda de travers à notre premier coup d’épaule. Plus d’allées ; sur les pelouses débordées quelques vaches pâturaient librement l’herbe surabondante et folle : d’autres cherchaient le frais au creux des massifs éventrés ; à peine distinguait-on de-ci de-là, parmi la profusion sauvage, quelque fleur ou quelque feuillage insolite, patient reste des anciennes cultures, presque étouffé déjà par les espèces plus communes. Nous suivions Gérard sans parler, oppressés par la beauté du lieu, de la saison, de l’heure, et parce que nous sentions aussi tout ce que cette excessive opulence pouvait cacher d’abandon et de deuil. Nous parvînmes devant le perron du château, dont les premières marches étaient noyées dans l’herbe, celles d’en haut disjointes et brisées ; mais, devant les portes-fenêtres du salon, les volets résistants nous arrêtèrent.

signature-dAndré-Gide

 

 

 

André Gide, Isabelle, Prologue, 1911.

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Vicki

               Bouffer le cul de Vicki ! Combien de fois se l’était-on demandé, et j’y parvenais enfin, mais seul. Revenons sur les faits s’il vous plaît ; le présent qui nous occupe.  Le cul de Vicki flambe de tout son charme, comme un qu’aurait la vertu de l’aube des sens à tous. Je les réunis à moi tout seul au pied des fesses de ma Vénus. Écoutez bien comment ça s’est fait que l’on se retrouve à deux…

             Elle habite un joli hameau de sept maisons et vingt-cinq âmes où elle a grandi depuis vingt-deux ans, à deux pas de Grenelles cette commune fleurie entre Bretagne et Normandie. À deux lieues du Mont-Saint-Michel, si vous voulez la carte. Ça ressemble à rien de connu et j’ignore si je lui ai plu. Ce fut plus subtil, si je puis me permettre. Près de chez nous, en Manche, il y a un château, assez bien conservé pour une ruine. Un jour, je me surpris à y aller en même temps qu’elle. Nous avions les mêmes goûts de solitude. Mais je n’entrevois d’abord qu’une silhouette à dache, masquée par des taillis, et puis un tronc d’arbre. Ca me ferre du coup. Qui est-elle cette aventureuse ? Je la reconnais pas d’à cette distance. Qu’importe, je file.  Ça nous raccorde l’un à l’autre.

                Comme moi, ou l’inverse, elle cherche un lieu où s’épanouit l’inspiration. L’envie de se livrer à l’autre qui est en nous et forme la face cachée de nos capacités. Le charme de Vicki ne peut s’exprimer qu’au contact des pierres rassemblées là autour du temps. Y’a personne en vue d’autre que nous et son cul laisse au passage un parfum d’ailleurs jusqu’aux abords des ruines de Floaire. Pas celui de pets intempestifs, mais une fluidité d’arôme et de charme mêlés. Mais avant même qu’elle rejoigne le château délabré, je subodore comme une espèce d’avaro à l’aventure de notre course. Je stoppe mon ascension, et que vois-je, pas des plus discrets ? Une bande des gars du village. Ils se croient rusés emportés par la fouinardise des esprits gouailleurs et frustres visités par la sottise en réunion. Que faire ? M’interposer ? Je n’en ai nul besoin. Surgi de je ne sais où, un type en tunique blanche flanqué d’un matou mate les importuns. Ceux-ci s’amusent à en rigoler.

« — Holà, du passevantail ! Il fait y chaud sous ta soutane ? ! »

Lui, pas un mot à la réponse, et il disparaît de la place. Les gugusses alors s’enhardissent. Mais l’homme en blanc réapparaît, muni cette fois d’un long et mince bâton de pèlerin, achevé en forme de crosse. Les autres ne tarissent pas d’éloge sur son matériel curieux : « Alors, papa, tu nous cherches des crosses, pas vrai ?! »

Ils gloussent mahousse comme des loquedus en transe…

Ca doit les secouer au fond du fond leur connerie et ne pas les préparer du tout, parce que lorsque la sorte de mage en tenue blanche fond sur eux, ils se révèlent tout surpris et ils se prennent bien assénés des coups du terrible sceptre. Il en pleut tellement par tous les bouts de la correction aux morveux que la bande se tire des flûtes en quatrième vitesse. Ils doivent en décaniller jusqu’à la Sélune. D’où je suis, j’entends la voix de rogomme du rosseur de canailles. Il s’exprime à mon endroit : « — Approchez vous monsieur s’il vous plaît. Vous avez bien mérité de votre patience. »

Je m’extrais de ma retrait, assez étonné que l’on pense encore à moi.

« — Approchez, approchez. Elle ne cesse de vous chérir, ma petite Vicki. Elle ne parle que de vous dans notre intimité….

— Moi ?

— Oui. Vous. Pas un autre. Vicki est très éprise, mais elle n’ose avec les autres se livrer à l’échange. Et vous… ?

— Je viens pour elle… »

C’est alors qu’elle apparaît rejoindre son père, puis moi.

La suite n’appartient qu’au stupre, vu qu’elle déclenche les forces vives de ma libido. Je lui dois le baiser du joufflu.

                                                                                                                                                      Le 28 octobre 2015.

                                                                                                                                                                    C.B.

Une ombre de château

Une ombre de château s’annonce au lointain. Une découpure de ruines aux créneaux détachés et roulés à bas de ravin. Là, ce ne sont qu’entailles rafraîchies de verdure où tout un monde se crée au contact de la pierre. L’âme des lieux est sombre. Ici, l’enfoui se restitue sur les ailes de l’oubli.

                                                                                                                                                                         Le 15 mai 2014.

                                                                                                                                                                                     C.B.