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Le verre d’eau

Que se passe-t-il ? Je trouve ce matin mon verre à vin rempli d’eau plate ! Quelle maladie s’empare de son sang ? Où a-t-il pu choper pareille robe ? S’agit-il d’une transmutation  à l’envers ? Où alors je comprends… Comme en le Horla, le narrateur qui clôt son verre avec une feuille et de quoi la maintenir dessus, le retrouve vide à son réveil. Moi, il ressort une variation de ce prodige du liquide. la flotte devient vin ! Et je ne plaisante pas d’un pouce.  Que pourrais-je tenter qui puisse vous convaincre que je dis vrai ? J’ai même pas à prouver d’abord. Je m’en vais jardiner, et je garde du pinard au frais pour tout à l’heure à déjeuner. Je dois planter trois rangs de laitue et deux d’oignons. Je travaille,  je sue un peu, j’ai soif, et je vais arroser… Autant en profiter pour boire l’eau de mon puits. J’en tire avec une chaîne à godets, et… qu’est-ce qui sort de là… ?

Du rouge. Il sourd du rouge de la terre. Je ramène du vin du ventre de mon jardin. Et bientôt c’est une production sans vignes qui fournit à ma consommation.

Le 29 août 2018. C.B.

Plus ailleurs

La lande de Lessay

Ce coin est solitaire
Comme un songe sur la terre
Où l’âme se retranche
Après les dernières branches.

Car on est sur une lande
Où se groupent en bande
Des vieilles pierres moussues
De ce sol le dessus.

Qui y passe son chemin
N’a pas les cartes en main,
Car il peut disparaître
D’un seul coup, tout son être.

Certes, l’endroit sélectionne
Les gens qu’il affectionne
Afin de les ravir
Sur le vif, là où virent

Les éléments tangibles
Où l’humain devient cible
Et se fond corps et âme
Sans espoir de sésame.

Ces secrets en réserve
Font que ces lieux se servent
A dispo de présences
Qu’ils transforment en absences.

Combien les cherchent depuis
Ces disparus du puits
Où s’escamote la vie
Pour certains, à l’envi ?

Et par ou s’en vont-ils
Si leur perte est utile ?
Qu’on sache qui les dérobe
En ce point de ce globe.

C’est une sente boisée
Où la chose est aisée,
Où l’être devient ombre
Pour s’extraire du nombre,

Et, oublié de lui
Sombrer en de la nuit,
En la nuit des absents
Où coulent le fleuve sang.

Ce fleuve charrie les pertes
Comme des proies offertes;
Il trimballe les enfuis
Et fait taire les bruits.

Ainsi, les détenus
De ce coin seul et nu
Composent-ils un monde
En dimension seconde.

Le 6 mars 2018 C.B.

De son sourire

La fière moustache de Maupassant
De son sourire remue les sangs
Quand de ses ailes la caresse
Frôle la peau de sa maîtresse.

La vraie conquête du Normand,
Celle dont il fut le tendre amant,
C’est bien Clotilde de Marelle,
La plus douce de ses girelles.

Pas une autre n’a autant de chien
Et ce charme tout parisien
Qui fait d’elle une héroïne;
Aux côtés de sa fille Laurine.

De fièvre, elle ennivre Bel-Ami,
Au feu des sens à eux promis
Par l’entremise des petis-bleus
Du télégraphe tendu entre eux.

À chaque rencontre ils renouvellent
Cette passion qui les révèle
A n’en plus former qu’un seul être
Très au delà du monde des lettres.

Où les chercher sinon au charme
Qui d’eux n’a pas baissé les armes ?
Comme si le couple vivait vraiment,
En échappé de son roman.

Le 28 janvier 2018. C.B.