La liesse aux fées

     christophemedaillonUne première fois j’y vais en bécane me promener par là. Sans idée préconçue autre que d’aimer les bois qui m’inspirent à la fois peur et attirance. C’est déjà toute une histoire de se trouver seul parmi les arbres et les plantes qui caressent à leur pied le sol. C’est toute une découverte sans fin. Mais je ne pourrais voir l’ensemble, trop étendu, et moi ça m’ouvre tellement l’esprit que je devrais y retourner. D’abord, je m’absente, je retourne chez moi, et deux jours plus tard je me repointe au même endroit pour me garer. Que me raconte cette nouvelle visite ? J’ai envie de faire le tour du proprio… La nature modifie si vite sa parure qu’il me semble être en un pays nouveau, où je puis aller, l’âme au devant. Je marche parmi les feuilles mouillées des pluies récentes. Mes yeux fouillent la forêt tout en long et peu large en comparaison, avec ce plaisir de la révéler par le simple plaisir d’y être.

     En cette heure abandonnée, il n’y pas le moindre péquin en vue pour troubler mon aventure solitaire. J’ai bien entendu des voix, venues du fond des allées, mais pas de mon côté. J’évolue seule. Je me dis que ça me va fort bien. Ma solitude est mon alliée comme si le poste j’occupais de l’épouser par toutes ses formes.  Qu’y-a-t-il de plus complet que la solitude ? Elle vous remet le monde entre vos mains. Elle vous le confie, abandonné à votre seule guise. Il n’y a pas de chemin imposé où le pas se pose, et par là où je vais il me semble que je n’ai d’autre souci que de gouverner l’ailleurs. Je marche pas par un sentier. Je suis au gré de mon envie à travers bois. Je roule de tout mon être, comme en vadrouille au sein de l’espace. Le feuillage me caresse encore par place à son contact, comme si la forêt me confiait à l’oreille : « -Tout le plaisir est pour moi, vous savez… « 

C’est à l’occasion de cette sorte d’échange que je vois des pierres au sol, mais pas de simples roches poussées là comme les dents apparentes de la terre, non des blocs taillés, mais disséminés le long de ma visite désormais. Il n’y en a que quelques unes, mais elles forment un chapelet à distance régulière. Sur quoi débouche ce râtelier des bois ? Je n’en sais rien, et peu à peu cet éboulis de pierres semées cède la place à un chaos minéral,  plus loin. Je suis certes surpris de cette présence en forêt mais je décide de pousser mon avantage parmi les arbres. Et alors là, moi qui me croyais seul, je m’aperçois que tout plein de chats occupent les parages. Ils sont de toutes les sortes, mâles et femelles, habitants des pierres comme de leur royaume. Je caresse ce peuple d’un regard en visite. Tout ce déballage de pierres en forêt leur sied au poil, tellement qu’ils en ont le secret, dérobé à la vue. J’en vois, certains des greffiers disparaître par je ne sais où, au moyen de ce qui me paraît être une fuite ni plus ni moins de la circulation. J’approche. En réalité, ils entrent sous terre par une fente ouverte comme pratiqué à leur intention.

« -Que voulez-vous spécialement monsieur ? Je puis vous aider, si vous y tenez… « 

Je sursaute à cette présence soudaine, je me retourne et je vise une femme, campée là, le poing au côté, qui me toise avec l’air décidé d’une nature dont la paix est troublée. La créature sourit maintenant, comme les yeux habillés du charme échappé de son âme. Quel étrange rencard devant lequel je reste coït. Quoi lui dire ? Je ne sais que formuler de phrases.  Ca ne vient pas. Je lui cause pas par mutisme, non, mais parce que je crois que l’essentiel est ailleurs; à partir de l’écoute que j’ai d’elle. Le chant de son grelot conduit mes songes. Je la regarde avec le chien qu’elle a de sa tournure; un galbe du râble que c’en est une invite.

« -Je ne suis pas seule vous savez… « 

 Je m’attends à ce qu’elle sorte de sa compagnie un cavalier attaché à ses services. Mais c’est une autre société dont elle me vante la présence.

« -Je ne suis pas seule vous savez… Elle me dit ça tout aussi à l’aise que si elle me montrait ses nèfles. Désirez-vous un de réconfort face à ce monde contemporain qui vous englobe ? J’ai des ouvertures pour un repos de l’âme avec des créatures de ma nature. Est-ce que ça vous dit de tenter l’aventure proposée ?

-Mais où ?

-Suivez-moi. Seulement, auparavant, je vous demande de vous engager à demeurer discret quand à votre expérience… « 

 L’offre me paraît alléchante et je réponds : « -Je suis votre homme…

-En ce cas, prouvez-le ! « 

Les échos de la suite ne sont pas disponibles, mais les ruines conservent leur version de ce qui fut une nouba des sens.

                                                                                                                                                                                                                             Le 01 mars 2016.

                                                                                                                                                                                                                                         C.B.

christophemedaillonAvec ses yeux de chloroforme qui endorment les choses là où ils se posent, elle veille sur les ruines la chatte au regard perçant de visionnaire enchantée de tout ce qui se présente à sa portée. Elle a de longues écoutilles pour détecter les bruits suspects, et une queue qui rampe comme un serpent à la recherche de l’ailleurs des présences. Car elle devine aussi les passages fantômes de ce qui exista.

Et, quand elle ronronne, sachez que ce doux chant caresse votre âme entre les ombres.

Le 26 février 2016.

C.B.

 

Sans titre

Les ruines ne plaisent qu’à ceux qui voient en le temps le charme des années… De celles qui forgent une âme sans se soucier de l’âge. Ma pensée est une dame qui se ride au sourire et caresse en son sein un voyage à l’ailleurs. Elle consulte les siècles et se pose en guide pour aiguiller mes connaissances de ce qui fut.

                                                                                                                                             Décembre 2015.

                                                                                                                                                         C.B.

Vicki

               Bouffer le cul de Vicki ! Combien de fois se l’était-on demandé, et j’y parvenais enfin, mais seul. Revenons sur les faits s’il vous plaît ; le présent qui nous occupe.  Le cul de Vicki flambe de tout son charme, comme un qu’aurait la vertu de l’aube des sens à tous. Je les réunis à moi tout seul au pied des fesses de ma Vénus. Écoutez bien comment ça s’est fait que l’on se retrouve à deux…

             Elle habite un joli hameau de sept maisons et vingt-cinq âmes où elle a grandi depuis vingt-deux ans, à deux pas de Grenelles cette commune fleurie entre Bretagne et Normandie. À deux lieues du Mont-Saint-Michel, si vous voulez la carte. Ça ressemble à rien de connu et j’ignore si je lui ai plu. Ce fut plus subtil, si je puis me permettre. Près de chez nous, en Manche, il y a un château, assez bien conservé pour une ruine. Un jour, je me surpris à y aller en même temps qu’elle. Nous avions les mêmes goûts de solitude. Mais je n’entrevois d’abord qu’une silhouette à dache, masquée par des taillis, et puis un tronc d’arbre. Ca me ferre du coup. Qui est-elle cette aventureuse ? Je la reconnais pas d’à cette distance. Qu’importe, je file.  Ça nous raccorde l’un à l’autre.

                Comme moi, ou l’inverse, elle cherche un lieu où s’épanouit l’inspiration. L’envie de se livrer à l’autre qui est en nous et forme la face cachée de nos capacités. Le charme de Vicki ne peut s’exprimer qu’au contact des pierres rassemblées là autour du temps. Y’a personne en vue d’autre que nous et son cul laisse au passage un parfum d’ailleurs jusqu’aux abords des ruines de Floaire. Pas celui de pets intempestifs, mais une fluidité d’arôme et de charme mêlés. Mais avant même qu’elle rejoigne le château délabré, je subodore comme une espèce d’avaro à l’aventure de notre course. Je stoppe mon ascension, et que vois-je, pas des plus discrets ? Une bande des gars du village. Ils se croient rusés emportés par la fouinardise des esprits gouailleurs et frustres visités par la sottise en réunion. Que faire ? M’interposer ? Je n’en ai nul besoin. Surgi de je ne sais où, un type en tunique blanche flanqué d’un matou mate les importuns. Ceux-ci s’amusent à en rigoler.

« — Holà, du passevantail ! Il fait y chaud sous ta soutane ? ! »

Lui, pas un mot à la réponse, et il disparaît de la place. Les gugusses alors s’enhardissent. Mais l’homme en blanc réapparaît, muni cette fois d’un long et mince bâton de pèlerin, achevé en forme de crosse. Les autres ne tarissent pas d’éloge sur son matériel curieux : « Alors, papa, tu nous cherches des crosses, pas vrai ?! »

Ils gloussent mahousse comme des loquedus en transe…

Ca doit les secouer au fond du fond leur connerie et ne pas les préparer du tout, parce que lorsque la sorte de mage en tenue blanche fond sur eux, ils se révèlent tout surpris et ils se prennent bien assénés des coups du terrible sceptre. Il en pleut tellement par tous les bouts de la correction aux morveux que la bande se tire des flûtes en quatrième vitesse. Ils doivent en décaniller jusqu’à la Sélune. D’où je suis, j’entends la voix de rogomme du rosseur de canailles. Il s’exprime à mon endroit : « — Approchez vous monsieur s’il vous plaît. Vous avez bien mérité de votre patience. »

Je m’extrais de ma retrait, assez étonné que l’on pense encore à moi.

« — Approchez, approchez. Elle ne cesse de vous chérir, ma petite Vicki. Elle ne parle que de vous dans notre intimité….

— Moi ?

— Oui. Vous. Pas un autre. Vicki est très éprise, mais elle n’ose avec les autres se livrer à l’échange. Et vous… ?

— Je viens pour elle… »

C’est alors qu’elle apparaît rejoindre son père, puis moi.

La suite n’appartient qu’au stupre, vu qu’elle déclenche les forces vives de ma libido. Je lui dois le baiser du joufflu.

                                                                                                                                                      Le 28 octobre 2015.

                                                                                                                                                                    C.B.